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MessageSujet: (VIII) broken pieces + abel   (VIII) broken pieces + abel EmptyJeu 13 Sep - 23:25



« death is not the greatest loss in life.
the greatest loss is what dies inside us while we live. »

La vie. Une sorte de parcours du combattant entrecoupé de joie et de drames. Et, dont les épreuves semblent parfois interminables, insurmontables. à se demander en quoi consiste l’existence humaine. Au final, il s’agit surtout d’une sorte de loterie à grande échelle. Pile ou face. Chance ou malchance. Vie heureuse ou vie de merde. Avant la relève des morts, on se plaignait de la misère, de la baisse des salaires, de la hausse des taxes, du coût de l’immobilier, de la crise financière, de la météo, des embouteillages, de son boss à la con, des satanés chats de la voisine qui pissent sans cesse sur le paillasson, du connard qui joue de la guitare à trois heures du matin, des mecs qui sont tous des crétins, etc, etc. Maintenant, à l’heure de l’Influenza, tous ces tracas semblent si dérisoires et stupides. Aujourd’hui, l’humanité est décimée. Aujourd’hui, on se réveille en se demandant si cette journée sera la dernière que l’on passera sur terre, épée de Damoclès trônant constamment au-dessus de nos têtes. Aujourd’hui, on craint pour nos proches comme jamais auparavant, gravant sans arrêt leurs traits au cœur de notre mémoire, car peut-être est-ce leur dernier jour sur cette planète. Les rôdeurs. Les êtres humains. Le virus Lazarus. Peut-être que c’est ça, le fameux purgatoire dont les théologiens parlaient autrefois.

Peyton a fait une fausse couche. L’information n’a pas vraiment tardé à tourner au sein de la Crimson Valley. Quelques Cavaliers étant sur place n’ont pas manqué de rappliquer illico-presto afin de prévenir le reste de la fratrie Rhodes. Le bébé est mort. Quatre mots qui tournent en boucle dans son esprit, qui y resteront gravés. Son cœur se serre, elle presse un peu plus fort Lou contre sa poitrine. Terrible, c’est terrible. Et, encore, elle trouve ce terme encore bien trop faible, bien trop doux, pour résumer la situation, pour exprimer ce qu’elle ressent. Avant, elle se plaignait du café froid de la cafétéria du boulot. Maintenant, elle se plaint du manque de clémence de la grande faucheuse.
Abel n’est toujours pas rentré. L’inquiétude lui noue les entrailles. Il ne voulait pas de cet enfant. Pourtant, au cours des dernières semaines, il s’y est attaché, elle le sait, elle l’a vu. Son frère n’est pas un monstre. Où est-ce qu’il se trouve ? Qu’est-ce qu’il fait ? Quand compte-t-il rentrer ? Est-il en danger ? Il est parti d’Olympia et depuis, il s’est volatilisé. Elle ne peut s’empêcher de se tourmenter. Elle ne comprend pas comment Caden peut se montrer aussi calme. Elle a envie de le secouer. Elle a envie de lui confier Lou, d’enfourcher un cheval et de partir à la recherche de son frère aîné. C’est con, c’est stupide, il peut être n’importe où. Mais, c’est viscéral, elle a besoin de savoir qu’il va bien. Pourtant, elle a pertinemment conscience qu’il va tout sauf bien.
Porte qui claque. Pas rapides dans les escaliers. Énième claquement de porte. Silence. « Je te laisse les enfants. » C’est un ordre à l'intention de Caden, pas une suggestion. Elle s’est déjà éclipsée de toute façon.

Deux minutes. Deux minutes qu’elle observe la porte en bois close à quelques centimètres d’elle. Le bureau d’Abel, son refuge. Elle prend sur elle, retient ses propres larmes, ravale sa peine. Ce n’était pas son enfant et pourtant, elle se sent affectée comme jamais. Il représentait un énième espoir au sein de la famille Rhodes. Finalement, elle tourne la poignée, pénétrant dans l’enceinte de la pièce sans frapper, sans s’annoncer, dans le silence absolu. En réalité, elle ne sait ni quoi dire ni quoi faire. Elle ne possède pas les mots pour apaiser. Elle ne connaît pas les gestes pour réparer les êtres brisés. Elle s’avance, prend place à ses côtés sur le petit divan en cuir. « Je… » Je suis désolée. Bien sûr qu’elle l’est, et alors ? Il n’attend pas d’elle sa pitié. « Je suis là, si tu as besoin de moi, si tu le veux. » Peut-être qu’il est plutôt du genre à gérer sa peine en solitaire, à tout refouler, mais qu’il le veuille ou non, elle sera présente pour lui. « Même si tu ne le veux pas. » Alliant les gestes à la parole, elle enserre la main d’Abel, pressant cette dernière aussi fort qu’elle le peut. Il est hors de question qu’elle le laisse gérer ça tout seul. Qu’il affronte ce deuil sans ses proches. Qu’il se renferme un peu plus sur lui-même. Elle est là, un point c’est tout.

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MessageSujet: Re: (VIII) broken pieces + abel   (VIII) broken pieces + abel EmptyDim 16 Sep - 19:11


Jenna Abel
« broken pieces »

Abel avait tout juste pris le temps de s’occuper de la jument en rentrant au ranch, avant de partir s’exiler dans son bureau sans laisser la moindre chance à qui que ce soit de seulement essayer de lui adresser la parole. Le regard de certains lui avait appris que la nouvelle était arrivée ici avant lui et il s’était pris à redouter qu’on vienne lui en toucher mot. Putains d’hypocrites, qui ne se gênaient d’ordinaire pas pour le traiter de connard fini dès lors qu’il avait le dos tourné, et qui maintenant le considéraient avec une espèce de commisération au fond du regard qui ne lui donnait que l’envie de la leur faire bouffer à grand renfort de coups de poings. Il n’en voulait pas, de leur putain de pitié, il n’en avait pas besoin et avait tout sauf l’envie d’être au centre de ce genre d’attention-là. Ca n’était pas leurs affaires, ça ne les regardait en rien mais forcément, ce genre de ragot était trop précieux pour ne pas alimenter aussitôt le campement, hein ?
La porte de la demeure familiale avait claqué dans son dos et il avait senti un léger soulagement s’emparer de lui à la vue que personne ne l’y attendait de l’autre côté. Il ne se sentait pas la force d’affronter une Jenna ou un Caden désolé pour lui, n’avait même pas le courage d’avoir à forcer la moindre interaction avec Silas quand il avait juste l’envie – le besoin viscéral, même – d’être seul. L’espoir qu’ils ne soient pas au courant ne valait rien : si certains au sein du campement l’étaient, alors les Rhodes le seraient forcément également. Pourtant, Dieu qu’il aurait aimé prétendre que cette journée n’avait pas existé, au moins le temps de quelques heures ! Impossible, bien évidemment.

Comme à son habitude, le cavalier fila directement à son bureau après avoir lâché au garde devant la maison l’ordre de ne le déranger sous aucun prétexte. Aujourd’hui, Abel Rhodes ne serait présent pour personne à moins d’un événement extrême. Et encore…  Il omit, pourtant, de verrouiller la porte de son sanctuaire, tandis qu’il allait droit au meuble recelant ses quelques bouteilles d’alcool personnelles. Et inutile de s’encombrer d’un verre, cette fois, alors qu’il savait pertinemment ne pas avoir la moindre intention de se restreindre quitte à s’en rendre malade. Mais, il ne savait pas quoi faire de ce chaos émotionnel qui lui brouillait les pensées et lui broyaient les tripes, le cœur ; à cet instant précis, l’alcool semblait s’imposer en seule solution possible afin de l’éloigner de tout ça. Et puis demain… demain serait un autre jour, même s’il fallait pour ça le commencer avec une redescente infernale et la gueule de bois de l’année. Dans l’immédiat, tout cela semblait bien trop lointain pour qu’il y accordât la moindre attention ; sa seule résolution du moment se bornait à cesser d’avoir les idées claire d’ici moins d’une heure. Clope fichée au coin du bec, il s’abandonna au petit divan en tentant de refouler la colère endeuillée qui débordait des murs derrière lesquels il s’était efforcé de la garder enfermée au cours des dernières heures. Et puis, la porte s’ouvrit.
Abel n’y jeta qu’un bref regard avant de détourner son attention ailleurs, refusant d’adresser le moindre mot à sa frangine tandis qu’il l’entendait se rapprocher de lui. Il porta le goulot à ses lèvres et s’envoya une énième giclée dans le gosier, le canapé s’enfonça légèrement sous l’impulsion de la nouvelle venue qui s’asseyait à ses côtés, et les premiers mots vinrent finalement casser le silence. « Qu’est-ce qui te fait dire que j’ai besoin de toi ? il répliqua, plein d’une amertume cinglante dirigée vers elle à défaut d’avoir une cible susceptible de mieux la mériter. C’est pas comme si t’étais en mesure de faire quoi que ce soit, de toute façon… » Mais il ne retira pas sa main, agissant à l’inverse de ses propos semblant vouloir la chasser tandis que ses doigts rendaient leur pression à ceux de Jenna. Après y avoir volé une nouvelle fois une gorgée, il tendit la bouteille tandis que ses yeux continuaient obstinément à se refuser de la regarder. De peur, peut-être, de voir en sa sœur l’autre femme qu’il venait d’abandonner sur une promesse bafouée. Mais, après huit ans passés à se dresser comme un roc face à toutes les saloperies que l’épidémie avait apporté sur le seuil de sa porte, après avoir encaissé la mort de sa mère et puis celle de son père, Abel se sentait tout bonnement incapable de faire face à cette nouvelle épreuve ; incapable d’assumer sa faiblesse dans le regard des autres. « C’était trop beau pour durer, hein ? Si je croyais au karma, je pourrais y voir un putain de retour à l’envoyeur. » Pour ce qu’il avait infligé à Janissa, pour cet autre gosse à qui il avait refusé la moindre chance d’exister. Sauf qu’il n’était pas seul dans cette histoire, et qu’il y avait à Olympia quelqu’un qui en souffrait probablement plus que lui pour qu’il se permette d’ironiser de cette manière. Un petit rire désabusé lui échappa, tournant en dérision ses propres propos. Une partie de lui se détestait d’abandonner Peyton là-bas, pourtant revenir sur ses pas ne lui apparaissait même pas envisageable un seul instant.


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MessageSujet: Re: (VIII) broken pieces + abel   (VIII) broken pieces + abel EmptyJeu 25 Oct - 18:29



« death is not the greatest loss in life.
the greatest loss is what dies inside us while we live. »

Aïe. Les mots sont tranchants et cyniques. Jenna ne s’en offusque pas, elle est même préparée à ce type de remarque venant de la part de son frère. Il ne veut pas de sa présence, elle peut comprendre, à l’exception près qu’il est tout simplement hors de question qu’elle le laisse seul. Ils doivent se soutenir ou du moins, elle compte le soutenir. Il ne peut pas traverser cette épreuve sans aucune aide, c’est impossible. D’accord, Abel Rhodes est fort, il déteste laisser paraître ses émotions. Mais, cette fois-ci, tout est différent. Il a perdu un fils, il aurait également pu perdre la femme à laquelle il tient. Connerie de monde, stupide fatalité. Alors, peu importe ce qu’il a beau dire, peu importe qu’il tente de la repousser, elle reste, ce n’est pas négociable. De toute façon, les gestes de son aîné trahissent ses propos et ne font qu’encourager Jenna dans son attitude. La légère pression qui traverse sa paume confirme encore un peu plus le fait qu’il a tout bonnement besoin de sa présence à ses côtés, qu’il la veuille ou non. Elle n’est pas réellement en mesure de l’aider, pas de manière concrète, mais elle peut être là pour lui. Elle ravale sa peine, elle aussi est chamboulée, mais elle n’a pas le droit de laisser libre court à ses émotions. Elle s’était habituée à l’idée de rencontrer un énième bout-de-chou Rhodes. Cet enfant représentait l’espoir, tout comme Lou et Chloe. Maintenant, elle a peur de ce qu’il va advenir de son frère, elle craint qu’il ne perd pied, qu’il s’éloigne de tout ce qui est important, de tout ce qui compte à ses yeux. Il le fera d’ailleurs, elle en est presque persuadée. Quand il est confronté à la douleur et à la peine, il se referme sur lui-même, repoussant ceux qui l’entourent, sauf qu’elle n’a aucunement l’intention de lui obéir, autant qu’il le comprenne immédiatement. Elle est prête à encaisser les remarques désobligeantes, à subir le rejet et à s’imposer face à lui. Il a besoin de sa famille même s’il n’en a aucunement conscience. Elle sera là pour le lui rappeler.  

Le karma. Encore lui. Il revient sans cesse sur le tapis. Ce foutu karma à la noix. Elle n’y croit pas en réalité, plus maintenant. « Ce n’est pas ton karma le problème, c’est ce monde merdique, tout est hors contrôle peu importe ce qu’on a beau faire ou dire, nos actes n’y changeront rien. » Karma. Fatalité. Destin. Dieu. De belles conneries. Une force supérieure ne perdrait guère son temps avec eux. « D’ailleurs, si la notion de karma existait vraiment, on serait tous les deux morts et enterrés depuis belle lurette. » Ils ne sont pas des anges, c’est certain. Quand elle songe aux victimes qui trônent dans son carnet caché au fin fond d’un tiroir, elle en tremble. Elle ne sait pas pourquoi elle tient les comptes, elle se fait du mal. à ce stade, personne n’est blanc comme neige, ils ont tous une part monstrueuse qui demeure en eux. « J’aimerais pouvoir t’aider plus. » Lui prendre sa peine, subir à sa place, qu’il se concentre sur le Ranch, sur Peyton, sur lui. Impossible. Elle soupire de tristesse et de frustration. « Tout ce je peux faire c’est t’aider à te foutre une purge et écouter, si tu le veux. » Même si elle se doute que l’option consistant à noyer son chagrin dans l’alcool lui semble beaucoup plus alléchante. L’alcool permet d’alléger l’esprit l’espace d’un instant, mais malheureusement ça ne chasse pas définitivement les démons. Désormais, elle enserre la paume d’Abel de ses deux mains, elle a peur de le perdre définitivement maintenant qu’il subit une énième fois le poids de la perte et du chagrin.

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MessageSujet: Re: (VIII) broken pieces + abel   (VIII) broken pieces + abel EmptyJeu 20 Déc - 21:17


Jenna Abel
« broken pieces »

Quelque part, la présence de sa sœur à ses côtés lui faisait du bien. Parce qu’il n’avait rien demandé, et qu’elle était tout de même venue, s’était imposée là et lui avait rappelé qu’il n’était pas seul. Abel après tout pourrait bien se montrer aussi dédaigneux et détestable qu’il le voulait, il restait au fond humain et donc fondamentalement grégaire. Penser vouloir la solitude et en avoir réellement besoin étaient deux choses aux antipodes l’une de l’autre et, en l’occurrence, Abel avait besoin d’une épaule malgré tout le venin dont sa bouche était emplie après ce qui venait tout juste d’arriver. Du réconfort, oui ; pas de la pitié. « Ça serait peut-être pas plus mal, non ? il rétorqua, acide. On va nulle part, ce putain de monde trouve toujours pire pour nous rappeler qu’on a plus notre place ici. A chaque fois qu’on réussit à faire quelque chose, c’est pour tomber de plus haut. » Bien sûr, ce n’était pas vraiment lui qui parlait, plutôt la colère devant l’injustice cruelle dont Isaac avait fait les frais. Les épaules avaient cédé sous le poids de la défaite, transformant le cavalier en un bloc d’amertume brut et pessimiste qui ne lui ressemblait d’habitude en rien.
Jenna parla d’aider et il ne ravala qu’à moitié un rire triste, suintant l’ironie face à l’idée. Il n’avait pas besoin d’aide, Abel, parce qu’il n’y avait rien à faire : le nourrisson était mort, et cela semblait à priori plutôt définitif comme situation. Alors quoi ? Il n’y avait pas de miracle, pas de remède magique face à ça. Rien d’autre que le temps qui pansait les blessures et arrondissait les angles dans des souvenirs de plus en plus flou au rythme des jours. Il essaya de libérer sa main, mais elle la tenait captive des siennes et il son envie de lutte était bien trop maigre pour qu’il tente réellement de se dégager de son emprise. « Mais tu veux m’écouter dire quoi, au juste ? Tu veux que je te raconte ce qui s’est passé ? Tu veux les détails croustillants ? Ou tu veux peut-être que..- » Il s’interrompit brusquement, réflexe inconscient devant l’énorme connerie qu’il s’apprêtait à lui cracher au visage et qu’elle était sûrement la dernière à mériter à l’heure actuelle. « Laisse tomber. » Et il but, encore, appréciant avec un plaisir coupable l’alcool d’une qualité rare par les temps qui couraient, et qu’il gaspillait sans la moindre vergogne dans ces prémices de beuverie. Avant de lui tendre une seconde fois la bouteille, précédemment niée mais désormais établie comme quelque chose qu’ils pouvaient faire ensemble. « Lâche-moi maintenant, je vais pas m’envoler, c’est le seul endroit où je suis sûr qu’on me foute la paix. » Était sûr, puisque sa frangine s’était incrustée malgré tout. Mais il n’en restait pas moins que son bureau était une sorte de safe place où rares étaient ceux osant foutre les pieds et à plus forte raison étant donné le mot d’ordre qu’il avait communiqué au garde devant la porte de la baraque tout à l’heure. « Et bois, ça t’éviteras de dire des âneries comme ça. Putain de famille d’alcolos… »  

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MessageSujet: Re: (VIII) broken pieces + abel   (VIII) broken pieces + abel EmptyMar 5 Mar - 16:13



« death is not the greatest loss in life.
the greatest loss is what dies inside us while we live. »

Le rejet. C’est la spécialité d’Abel Rhodes. Elle peut comprendre qu’il ne souhaite ainsi se montrer faible, parce que la tristesse est une faiblesse à ses yeux, bien sûr. Mais, il est tout simplement hors de question qu’elle le laisse dans cet état. Il vient de perdre un enfant. Peut-être n’a-t-il guère eu le temps d’apprendre à connaître ce dernier, pour autant le fait est qu’il est en deuil, qu’il doit supporter le poids de ce dernier. Il a beau vouloir refouler ses émotions, il n’est pas un robot. C’est sûr que ce serait plus facile, qu’il aimerait bien, mais ce n’est pas le cas. Il peut bien se montrer aussi froid et distant qu’il le souhaite, il n’en reste pas moins humain. Alors, non, Jenna ne s’offusque pas vraiment des mots de son aîné ni même de son comportement pour le moins détestable. Premièrement, elle est habituée. Secondement, il a le droit cette fois-ci de se comporter de manière exécrable. Et, de toute façon, elle est également trop touchée par cette histoire pour se laisser atteindre par de stupides paroles. En réalité, elle ne sait pas ce qu’elle attend de lui. Probablement rien, elle a pertinemment conscience qu’il n’a aucune intention de se confier mais le fait est que ruminer seul et qu’être confronté à de sombres pensées sans personne aux alentours ne sont pas forcément les meilleures idées qui existent. Alors, elle ne bouge pas et elle encaisse malgré qu’il lui soit difficile d’assister ainsi au désarroi de son frère sans pouvoir y changer quoique ce soit. Elle est démunie et inutile. Elle ne peut rien lui apporter, aucun soulagement, aucun répit, si ce n’est sa simple présence. Triste réalité.

L’idée d’oublier un moment les malheurs du monde est plus que tentante, surtout à l’heure actuelle, alors elle observe la bouteille tendue et daigne finalement lui accorder l’attention souhaitée. Pourtant, elle sait que l’alcool ne panse pas les blessures mais il permet néanmoins d’atténuer un bref instant ces dernières. Le silence s’abat soudainement sur la pièce. Il est hors de question qu’elle réponde aux derniers propos. Non, elle ne souhaite pas de détails croustillants. Non, elle n’a pas l’intention de le lâcher. Et, sûrement qu’elle risque encore d’enchaîner les âneries. Tant pis. Elle porte enfin le goulot à ses lèvres, suivant l’ordre de son aîné, et clôt ses paupières le temps de quelques gorgées aux effluves enivrantes. à vrai dire, c’est tellement simple de se noyer dans l’alcool, elle peut éventuellement comprendre ceux qui décident de s’y plonger à outrance. « T’as beau dire, tu ne veux pas vraiment que je te foutes la paix. De toute façon, ce n’est pas comme si tu avais le choix, tu le sais. » Sinon, il ne lui aurait pas presque ordonné de boire à ses côtés. Au fond, il ne veut pas réellement être seul et livré à la funeste réalité. Il vit une tragédie, c’est dur à avaler, surtout pour lui qui s’imaginait intouchable. « Alors, ouais, je vais m’entêter à ne pas te lâcher et encaisser tes remarques acides. Qui d’autre pourrait le faire ? » La question est rhétorique. La réponse est personne. Même pas Caden, surtout pas Caden. Elle s’en fout complètement que son charabia déplaise à Abel. Machinalement, elle pose sa tête contre l’épaule de son frère, une main toujours accrochée fermement à la sienne et la bouteille trônant dans l’autre. Il est bien obligé de baisser les armes, de se résoudre à sa présence imposée.

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MessageSujet: Re: (VIII) broken pieces + abel   (VIII) broken pieces + abel EmptyLun 29 Avr - 4:27


Jenna Abel
« broken pieces »

Elle avait raison, bien sûr, elle avait raison parce que malgré tous leurs différends, toutes leurs querelles plus ou moins graves, Jenna était et avait toujours fait partie de ces personnes qui le connaissaient le mieux. Elle savait mieux que lui qu’il ne désirait pas réellement cette solitude dont il affirmait avoir besoin parce que si elle le laissait tranquille, à cet instant précis, si elle se levait et quittait la pièce, refermant la porte derrière elle et l’isolant dans son antre… alors Abel serait capable de se perdre, de s’en aller beaucoup trop loin dans les abîmes de la rage et de l’incompréhension, de la colère aveugle et de la tristesse avec pour seules compagnes les images des derniers instants passés avec son fils ou, du moins, de ce qu’il en restait. Il était à deux doigts de perdre pied, s’effondrer complètement, d’ouvrir toutes les vannes et laisser cette muraille si soigneusement érigée au fil des ans exploser sous la pression intérieure de ses émotions aussi violentes que contradictoires.
Mais Jenna était là, la tête contre son épaule et la main emprisonnant la sienne, Jenna comme un dernier rempart pour se dresser entre lui et ses démons. Il laissa échapper quelque chose à mi-chemin entre le soupir et un petit rire désabusé mais resta silencieux, s’abandonnant simplement à la présence de sa benjamine, au réconfort qu’elle lui apportait bien contre son gré et qui était pour lui plus important que ce qu’il voulait bien admettre.
A un moment, il lui récupéra la bouteille pour s’en envoyer une bonne rasade, puis deux, and so on. A un autre, il parvint à se libérer de l’emprise de ses doigts entrelacés aux siens mais, plutôt que de la repousser, vint simplement lui entourer les épaules de son bras, resserrant ainsi l’étreinte. Et l’ironie ne manqua pas de venir lui chatouiller les pensées à cet instant, qu’il fallait au moins un drame pour qu’ils se manifestent le moindre signe d’affection entre eux désormais. Eux qui, une éternité plus tôt, avaient pourtant été si proches…

« Merci. » Lâché subitement avec une heure ou cinq minutes, l’incongru petit morceau de gratitude s’échappa de sa bouche sans qu’il ne se tourne vers elle, sans que son regard ne quitte ce point vague qu’ils fixaient obstinément depuis tout à l’heure. Rien qu’un mot, qui cachait une phrase, qui cachait une reconnaissance muette impossible à exprimer tant cela risquer de l’étouffer s’il cherchait à mettre plus de mots sur ce sentiment précis. « Merci d’être là. » Parce qu’il n’avait personne d’autre ? C’était faux évidemment mais songer à Peyton, c’était songer à Isaac et songer à Isaac n’était… définitivement pas la bonne chose à faire à cet instant précis, bien qu’il ne puisse empêcher certaines pensées, certaines images rémanentes, de le hanter malgré tous ses efforts.
Ses yeux glissèrent vers la bouteille plus qu’entamée qu’il tenait avec autant d’énergie qu’il se serait accroché à la rambarde d’un bateau en mer houleuse, s’attachant à l’étiquette, s’efforçant d’en décortiquer ses moindres informations comme si cela allait suffire à vider son esprit. Manque de bol, il n’était pas encore assez saoul pour ça et il était d’ailleurs probable qu’il ne le serait pas assez jusqu’à ce qu’il le soit trop et que l’alcool achève de l’abrutir complètement pour le plonger dans une obscurité sans rêve d’où il ressortirait malade comme un chien et de la pire humeur possible. « Je lui ait dit que j’allais revenir, tu sais ? » Il ne précisa pas qui, il ne précisa pas quand : ce genre de choses étaient évidentes et il n’avait pas envie de mettre plus de mots que le strict nécessaire pour concrétiser ses pensées et le goût de bile au fond de sa gorge. Un rire amer lui échappa, avant qu’il ne porte une nouvelle fois le goulot à ses lèvres. « Putain de merde. J’suis pitoyable, Jen. » Pas foutu de tenir une promesse, la plus simple et sans doute la plus importante qu’il ait jamais faite. Il releva la tête, appuyant l’arrière de son crâne contre le mur lambrissé et ferma les yeux comme pour mieux s’abandonner à l’ivresse qu’il sentait s’emparer de ses sens, lentement mais sûrement.



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