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Bienvenue sur Influenza, faites attention à vos fesses, les rôdeurs sont affamés !
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 desperado

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MessageSujet: desperado   Lun 5 Déc - 22:30

L'oeil du cyclone. Autour d'elle, d'innombrables chances de mourir. Et pourtant, elle marche, le regard droit devant, le pas lent et la respiration maîtrisée. Son coeur ne s'emballe même pas, quand d'autres auraient déjà paniqué jusqu'au malaise. Ils avancent lentement et elle se colle à leur rythme. Parfois elle ralentit légèrement, se laisse semer. Elle sera bientôt à la bifurcation où elle pourra s'éclipser discrètement pendant qu'eux continueront leur lente dérive dans la direction opposée au ranch.
Mais être au coeur du danger, ça lui procure un frisson qui se soulève le long de ses bras, sous la substance en décomposition dont elle s'est enduite. Savoir que la mort est proche, c'est une forme de distraction. Il y a le fait de savoir que sa solitude peut prendre fin d'un coup, de la façon la plus brutale qui soit, et il y a le fait aussi de sentir une certaine satisfaction quand on s'en sort. Le rush du survivant. Sa petite drogue, son conflit malsain personnel.
Quand elle se tient au milieu d'une horde, ses pensées dérivent. Elle oublie tout pendant un moment, et ensuite elle joue à deviner l'ancienne vie des rôdeurs. Il y a six ans de cela, ils étaient humains. Elle aussi en était un, avant. C'est quand elle parade avec les morts qu'elle se rend compte que de l'humanité, il ne reste vraiment rien, même pas les vivants. Ils s'inventent des ennemis et des guerres même quand la nature leur fournit de quoi se défouler. Il n'y a pas d'issue pour eux. Au fond, les choses sont bien faites. Quand on voit la nature de l'homme, on est content qu'il ne soit pas immortel.

Lui, juste devant elle, c'était sûrement un vieil homme d'affaires, pas loin de l'âge de la retraite, mais pas prêt à céder du pouvoir. À tous les coups, il se lançait dans la politique, travaillait à reconquérir sa femme à coup de sacs Versace et faisait taire grassement les maîtresses avec une malle de billets et des menaces de mort. Il visitait les écoles et les centres de sans-abris et clamait à qui voulait l'entendre que leur État laissait tout à la dérive, qu'il était une figure de changement, alors qu'il faisait probablement travailler des enfants dans une usine délocalisée et qu'il détruisait des zones d'habitations pour construire des centres commerciaux. Il était clair qu'il ne pouvait survivre, les rôdeurs n'acceptent pas les pots de vin.
Et elle, à quatre pas sur sa droite, elle avait peut-être été une mère de famille néo-orléanaise, coiffée de tresses et préparant un gombo à sa marmaille, à son mari, à ses voisines, à tout un quartier. Elle était sûrement pleine de joie de vivre, du genre à positiver même dans les situations difficiles, pleurant les pertes de tout le monde pendant les inondations tout en rassemblant dignement les restes de sa vie... Elle devait croire en Dieu, à coup sûr. Dommage que les morts-vivants n'entendent pas les prières.
Et ce jeu, il peut durer si longtemps, à décortiquer des centaines de vie qui n'existent plus, parties en fumée comme la sienne.

Elle se retient de soupirer quand la bifurcation arrive, discrète derrière cette nature redevenue sauvage. Tout au bord de la horde, presque au fond, il lui suffit de continuer dans l'autre direction sans geste brusque pour ne pas attirer leur attention. Le sentier est rapidement séparée de buissons secs et d'arbustes qui deviennent de plus en plus denses judqu'à ce qu'elle soit hors de vue. Là seulement, elle se permet de soupirer, mais reste tout de même discrète. Les monstres ont l'ouïe encore fine, pour des êtres dont les corps tombent en morceaux.
Et enfin, elle commence à hâter le pas, tout en semant derrière elle les restes de rôdeurs qui lui ont servi de couverture. Peu à peu, elle s'enfonce dans la partie de la forêt épargnée par l'incendie, où les arbres ont toujours des couleurs. Malini les observe longtemps, jusqu'à comprendre le détail qui la dérange tant. La fumée. Des campeurs très certainement, à la recherche d'un peu de chaleur, le confort nécessaire de ces jours proches de l'hiver. Elle ne réfléchit pas, elle suit la source, elle doit les prévenir. Et pourquoi pas, les recruter...

Elle approche discrètement, du moins le croit-elle, mais personne ne se tient près du feu. L'agitation vient finalement derrière elle, et elle se retourne précipitamment, la main sur la lame qui pend à sa taille mais qui ne fera jamais le poids contre le canon d'un flingue. "Je suis venue en amie. Pour vous dire que y a une horde de rôdeurs pas trop loin, le feu pourrait les attirer. Je voulais pas vous surprendre, désolée." Elle l'est pas du tout. Mais ce qu'on dirait pas pour survivre.
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MessageSujet: Re: desperado   Mer 14 Déc - 19:16

Contexte : Gabriel était prisonnier de survivants qui souhaitaient, en l'affamant et le torturant, se venger des Jackals et de lui. Par un concours de circonstances, il se retrouve enfermé avec Janissa Haner, des Crimson Riders, capturée par hasard. S'il est l'assassin de sa fille, Janissa et Gabriel ne se connaissent pas, ni de nom ni de visage. Ensemble, ils parviennent à s'échapper en abattant méthodiquement leurs tortionnaires et, la boucherie achevée, ils se quittent en bons termes.

Gabriel ignore toujours son nom, mais sa figure ne le quitte pas. A plusieurs endroits de ses fringues et de sa peau, il y a le sang qu'ils ont versé ensemble. Pour survivre. Du bout de l'ongle, il gratte le pourpre séché, craquelé, sur l'ourlet de son jean. Cette femme avait une telle violence en elle – il s'est interrompu dans son massacre pour la regarder. Elle ne lui manque pas, ils ne se doivent rien et il se fout de son nom ; plusieurs heures après, Gabriel est encore sous le coup de l'adrénaline et de la rage qu'ils ont fouillé à deux. Les mains dans la tripaille de ses souvenirs, il ne sent pas bien la fatigue, même si ses jambes l'ont fait asseoir dans la terre retournée, le dos calé contre un tronc couché. Comme ça faisait un moment qu'il n'avait pas campé en forêt, le feu n'a pas pris tout de suite. Il a délié trois fois son souffle, une urgence au creux du ventre qui n'existait nulle part autour de lui. Non seulement il n'est plus prisonnier, mais il a décimé ses possibles poursuivants. Dans la forêt, ne reste que la racaille habituelle, le paysage et la menace de tous les jours.

Et, tous les jours, c'est lui le plus dangereux.

Il pourrait courir. Il l'entend un peu tard pour ça. C'est trop vif pour être un rôdeur, et Gabriel se résigne dès qu'il se souvient qu'on ne peut rien lui dérober. Toutes ses armes lui ont été prises lorsqu'il a été capturé et, même en fouillant le camp rudimentaire où il était détenu, il n'est parvenu à dénicher qu'une mauvaise lame, un coutelas, un semi automatique au chargeur vide, et une gourde en aluminium. Son ancienne co-détenue n'a rien attrapé, comme si le chemin de retour n'avait pas d'importance, comme si le meurtre achevait tout. Alors il n'a rien chassé, et il s'est contenté de quelques baies et de gorgées rationnées. Rien qui puisse faire envie au bandit qui s'approche... Comme Gabriel ne redoute pas la confrontation mais qu'il n'est pas assez stupide pour se rendre, il se ramasse dans les fourrés et prend son temps pour contourner. Il a seulement l'avantage du terrain, connaissant le coin qu'il a choisi pour installer son feu – une zone dégagée, pas tant pour voir que pour entendre. Tout ce qu'il peut tenter tient à l'audace, et à son désespoir de vivre. Après tout ce qu'il a fait pour survivre, il ne ressent pas un soupçon de peur ou une nuance de doute. Son bras se dresse fermement, le flingue pour prolonger sa poigne et effleurer le front au canon. Gabriel n'a qu'un léger mouvement de recul quand elle fait volte-face et il plisse le regard, déshabitué à la conversation humaine et plus encore aux bons conseils d'ami. « T'es pas désolée... » Ce qui n'est ni surprenant ni blessant en soi. Venir jusqu'ici pour prévenir les imprudents capables de faire un feu est beaucoup plus inhabituel, pour ne pas dire complètement absurde. « Le feu attire plus les vivants que les morts, fait-il platement remarquer. » Les macchabées préfèrent le bruit, qu'ils suivraient jusqu'au bout du monde. La fumée, en revanche, aurait pu attirer l'attention des siens. Comme Gabriel ne sait ni où il est ni comme il va rentrer à Stonebriar, il comptait très vaguement là-dessus. Il comptait plus probablement sur une présence humaine, amie ou bien ennemie, qui serait venue à lui. Il n'admettra jamais cette possibilité qui confine à la vérité. Pourtant, cette femme, peu importe qui elle est, propulse une chaleur apaisante en lui. D'une façon ou d'une autre, il est tout près de la vie humaine. Ou ce qui y ressemble, car c'est au dernier moment qu'il remarque les relents, puis le costume entier. Sans faire immédiatement de commentaire, Gabriel retrousse le nez et inspecte plus sérieusement l'étrangère. « C'est du rôdeur ?... » En écartant légèrement la mire du canon, il la désigne des pieds à la tête. Ce n'est pas la première fois qu'il voit un pareil stratagème, mais ça le marque inexplicablement quand même. Comme une réminiscence. La certitude exaspérante que ça lui est familier.  
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MessageSujet: Re: desperado   Dim 18 Déc - 11:34

Il voit juste. Elle n'est pas désolée. Elle ne l'est jamais. Il n'y a qu'une chose pour laquelle elle tente vraiment de se repentir, et c'est la mort de sa fille. Le reste ne compte pas. Ce ne sont que des paroles plates qu'on lance pour survivre, que des discours qui sont des automatismes d'une autre vie. Elle se débarrasse de cette expression sur son visage qui tente d'exprimer de bons sentiments et lui sert son visage de tous les jours : son regard froid, presque éteint, et son air peu avenant. Lui-même n'a pas l'air plus affable. La fatigue s'est creusée sur son visage et les tâches de sang parsèment ci et là ses habits. Il a l'air d'être revenu tout juste de l'enfer. De quoi provoquer automatiquement la curiosité de la recruteuse. Elle s'y connait en matière d'enfer. "T'as raison. J'étais curieuse, c'est tout. C'est mon boulot."
Il a l'air de s'y connaître en rôdeurs, alors elle ne lui servira pas son discours pour les naïfs, ceux qui ne s'en sortent pas en forêt et à qui elle apprend les bases. Souvent, ils finissent par s'en remettre à elle, fascinés, ils suivent l'intrépide des yeux quand elle erre au milieu des hordes, lui témoignent une forme de respect teintée de peur. Elle imite tellement bien les morts qu'on se demande s'il n'y a pas une part de vérité. Ce raisonnement paraît illogique, mais il prend son sens quand on la voit, quand toute forme d'humanité disparaît de son visage...

"Ouais, c'est du rôdeur." Et elle lui fait la démonstration, retire de son soutien gorge un morceau de chair qu'elle jette dans un coin. "Chacun sa méthode de survie." Et en disant cela, son regard s'appuie sur l'arme qu'il tient encore en main. Malini n'est pas friande des armes à feu. Trop bruyantes, trop imprévisibles aussi. Elle préfère les morts en toute discrétion, quitte à devoir se salir les mains. Les hommes qui abusent des canons et des balles, ils ont oublié ce que c'est de vraiment tuer quelqu'un, de voir le souffle quitter une personne, sa peau bleuir là où elle a été étranglée... La mort finalement, c'est quelque chose de très intime.
Il a droit à une analyse d'un regard, de haut en bas et ensuite en sens inverse. Malini, elle cherche à déterminer si ce type peut être dangereux. Quelque chose lui dit que oui. Quelque chose qui dort dans son regard, qui gronde dans sa voix, qui s'impose dans sa posture. Il ne craint rien, se tient droit, impavide. Il a l'air du genre du type qui est à l'aise partout où il va, comme si tout était terrain conquis. Ça réveille quelque chose chez la recruteuse. Une forme de méfiance, évidemment, mais aussi de l'étonnement. En général, c'est elle qui transpire l'assurance et qui écrase les autres. Elle se dit d'abord, que c'est parce qu'il est pas tout seul. Il a la confiance de celui qui va tout écraser, comme si une armée se tenait en fait derrière lui. La brune jette un regard autour d'elle, cherche d'éventuels complices cachés dans la brouissaille, guette le reflet du soleil sur un canon qui pointerait de derrière un arbre. Mais seuls les bruits de la nature lui parviennent. "Qu'est-ce que tu fais tout seul, dehors ?" Lâché par son groupe ? Survivant d'une attaque ? Les scénarios sont sont nombreux et elle en a entendu, des histoires. Des centaines. Chaque recrutement vient avec le récit du survivant, si bien qu'elle sait presque tout des riders qui sont arrivés avec elle, comme elle sait beaucoup de choses des recrues des autres camps qui n'ont pas voulu la suivre. Elle a développé la facultés d'écouter, de paraître intéressée. Parfois, ça la captive vraiment, et d'autres fois, ce n'est que la même suite de malheures qui se répète.
Mais elle a l'impression que cette fois, ce sera une histoire bien singulière. Elle le sent, ce type provoque l'intérêt.
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MessageSujet: Re: desperado   Mer 21 Déc - 23:11

« T'étais curieuse... » Gabriel ressasse les mots. Il espère leur donner une nouvelle forme, un nouveau sens. « T'étais curieuse, c'est tout, il achève de répéter à voix basse, comme s'il ne fallait pas égratigner une seule de ces syllabes. » Plus curieusement encore, il ne s'attarde pas sur le fait que ce soit son boulot. C'est une recruteuse, tout simplement, et il en a personnellement abattu quelques uns de son espèce. Ce n'est ni plus ni moins courant qu'il y a un an, ou deux, ou six. Les individus se regroupent, se fortifient (ou croient le faire) et se constituent une défense – et parfois une attaque. Comme elle lui confirme qu'elle se couvre de rôdeur pour maquiller son odeur et son apparence de vivante, elle n'est définitivement pas assez civilisée pour Olympia. La Mine, peut-être, parce qu'il y a de tout dans la Carrière, et quelques phénomènes dans son genre (originaux, pour ne pas dire barrés). Tout à fait le style de Gabriel, quand il prend le temps de se pencher sur ses congénères. « Chacun sa méthode, il reconnaît. » Et Gabriel dévie immédiatement le flingue. Le Jackal n'en est pas encore à lui faire comprendre qu'il est vide, et il ne le range pas non plus. La crosse est dans sa paume, fermement enserrée, tout à fait prête à se dresser au moindre signe d'hostilité. Ça ne lui servirait à rien qu'à envoyer un bon coup de poing matelassé de métal.

Le regard appuyé qu'elle lui verse, Gabriel le lui rend. Il n'a rien qui mérite d'être volé. Et, de ce qu'il peut voir en toute négligence, elle ne porte rien qui mérite de la tuer. Ni pour le plaisir ni pour le profit. Alors il se rassoit près du feu, et réchauffe ses paumes. Son sang est glacé, et tout son être grelotte depuis l'intérieur. Il est fatigué de sa solitude et, sans le réaliser, déterminé à la garder près de lui pour un moment. Peut-être pas longtemps. Pas jusqu'au coucher du soleil. Quelques minutes, ou quelques heures. Quitte à lui raconter le plus gros mensonge qu'il soit capable de débiter dans les dix secondes...

Il rive son regard à celui de l'étrangère. Il peut lui dire la vérité. Il peut lui raconter n'importe quoi. Elle pourrait le faire réciter à l'envers, et il serait pris au piège... Pour le moment, il ne peut pas se battre. Alors il opte pour ses souvenirs, parfaitement véritables, légèrement arrangés. « J'étais prisonnier d'un groupe. » Les raisons de sa capture resteront obscures, parce qu'il est inutile de préciser qu'elles étaient justes et justifiées. En tous les cas, elles l'auraient été si le monde comptait encore de la justice. « Il y avait une femme avec moi. » À voir cette inconnue, Gabriel sait (il croit qu'il sait) qu'elle pourrait tout entendre – toutes les horreurs que sa comparse et lui ont commises pour s'échapper et s'assurer qu'aucun de leurs bourreaux ne serait en mesure de les poursuivre. Elle ne lui en voudrait pas, et ne lui ferait aucun procès. Mais il n'aimerait pas qu'elle s'esquive, alors il ment. Il ment un peu : « On a réussi à tuer l'homme qui nous surveillait. Et voilà. » D'un mouvement du coude (parce que la main et le flingue sont repliés contre sa poitrine), il désigne les alentours déserts, et mornes, et silencieux. En dehors de cette fumée qui s'élève, semble-t-il, sans limite, il ne se passe rien que le ton lapidaire de sa voix et de son histoire insignifiante. « Je suis dehors, tout seul. » Il dresse un sourcil. « Un peu comme toi. » Gabriel refuse qu'elle se fasse des illusions : il sait quel est son job, et qu'elle n'est pas simplement seule, dehors, et tout ça par hasard. En dépit de son maquillage répugnant, et diablement efficace, elle est on-ne-peut-plus sûre d'elle-même et de son avenir. « Tu as d'autres questions, pas vrai ? » Ce n'est absolument pas une question. 
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MessageSujet: Re: desperado   Ven 23 Déc - 10:10

Elle ne fait pas de remarque sur la façon agaçante qu'il avait de reprendre sa phrase, comme s'il goûtait à du vin et qu'il cherchait à déterminer s'il voulait le boire ou le jeter. Malini, ça fait longtemps qu'elle fait plus de commentaire sur les premières réactions des gens. Elle ne pense pas qu'il est fou, ni qu'il est perdu, car au bout du compte, ils le sont tous.
Il ne l'y invite pas, mais elle s'assoit quand même près du feu. Il ne l'a pas non plus chassé comme beaucoup essaient, alors elle se dit que c'est peut-être un bon signe. Peut-être. Ou alors est-ce l'attrait du danger qui la pousse à rester là ? Malini, elle est comme ça. Elle répond toujours à l'appel de l'adrénaline, elle ne réagit que trop bien quand la mort lui susurre à l'oreille. Et à l'instant, cet instinct de non survie lui dicte de rester, de grappiller des informations sur lui parce qu'il avait l'air d'avoir un profil intéressant.

Elle l'écoute patiemment mais se retrouve vite déçue par le récit qu'il avorte rapidement. Elle sait reconnaître une bonne histoire, et elle aime les entendre. Ses mots à lui laissent un goût amer de frustration. Peut-être qu'il est comme elle après tout, pas un fanatique des longs discours, peut-être qu'il est juste du genre à supporter la présence silencieuse d'une autre personne. Et puis il y a cette dernière remarque. Il sait.
Malini se retient de réagir, son visage se voile à peine par la surprise puis reprend vite cet air impassible. Elle ne pourra donc pas prétendre être soutenue par un groupe caché quelque part en cas  de difficultés. Il n'a pas l'air hostile pour l'instant, mais en temps de fin du monde, les situations escaladent très vite pour déboucher au pire. Des gens tuent juste pour un regard de travers. Mais au moins, elle sait que c'est quelqu'un du coin, forcément, peut-être qu'il fait même partie d'un camp. Elle pourra au moins jouer sur la réputation des cavaliers si quelque arrivait. D'où vient-il, lui ?Les Miners peut-être ? Il a l'air trop brute pour Olympia. Et les hommes qui ont dû le capturer sont sûrement des jackals qu'il a réusi à battre avant d'atteindre Stonebriar. S'il avait été au centre commercial, il ne serait certainement plus là pour en parler. "C'est que t'es pas doué pour raconter des histoires. Forcément, ça laisse plein de questions." Elle peut en compter des dizaines qui lui viennent à l'esprit. "Par exemple, qui est cette femme et pourquoi elle est pas avec toi ? Ou alors, pourquoi tuer seulement le type qui vous surveillait ? T'as pas peur que les autres se lancent à ta poursuite ?" Surtout si ce sont des jackals, ils ne sont pas réputés pour être tendres avec les fuyards.

La recruteuse étend ses jambes et s'appuie sur ses bras, le dos penché vers l'arrière, le regard fixé sur la fumée qui danse dans les airs, agitée par une légère brise. Lui, il n'a pas l'air très curieux et accepte simplement sa compagnie comme si c'était normal dans le coin. Ça ne l'est pas. D'habitude, elle doit batailler simplement pour avoir quelques mots, elle doit sortir les grands discours et les multiples arguments. La différence tient sûrement au fait qu'il ne s'agisse pas vraiment d'un vagabond, il a sûrement des gens qui l'attendent ou le recherchent. Alors Malini, elle sait pas trop comment l'approcher. Ne pas le recruter, ça veut dire qu'elle doit entretenir une conversation avec lui qui n'a rien à voir avec les cavaliers donc... Elle doit sortir de ce schéma et parler à quelqu'un, pas à une recrue. Elle sait pas trop comment faire ça normalement, sans se réfugier derrière des remarques sarcastiques ou agressives. "T'as pas l'air très curieux, toi." De savoir qui elle est et ce qu'elle lui veut vraiment, de savoir d'où elle vient et pourquoi elle reste là... C'est pas qu'elle meurt d'envie d'en parler, mais sa façon de ne pas se braquer la surprend.
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MessageSujet: Re: desperado   Ven 23 Déc - 13:51

Sous la remarque de l'étrangère, Gabriel se fend d'un petit sourire. Il lui craquèle la lèvre, rouvrant les sillons dessinés par la soif. L'index et le majeur collés, il effleure sa bouche, estime les inflexions de sa propre douleur, avant d'attraper la gourde. « J'écoute tes questions, il dit doucement. Même si je promets pas de répondre. » Gabriel dévisse le bouchon et il avale deux longues gorgées qui cavalent loin, dans sa gorge, dans son ventre et partout dans son corps, comme si l'eau pouvait trouver tous les recoins asséchés de son être et raviver son âme. Lorsque l'aluminium retombe mollement contre sa cuisse, il fixe le regard sur elle. Elle est jeune, probablement autour des trente ans. Pour autant qu'il puisse en juger, elle est jolie. C'est néanmoins difficile à confirmer sous ces cosmétiques putréfiés. Elle a l'air solide, athlétique – le genre de spécimens qu'on aime à Stonebriar, et dont lui se fout totalement. Si elle est bien recruteuse (et il a d'autant moins de doute là-dessus qu'elle ne nie ni ne brouille les pistes), elle est plus apte à lui survivre que l'inverse.

« Je sais pas qui est elle est. » Et c'est vrai. Ils n'ont rien échangé. Ni nom ni détail. Il n'y a que son visage, qui va et vient dans sa mémoire comme le ressac. Ça commence déjà à s'effacer, la fulgurance de leur séparation capable de vaincre l'intensité de leur rencontre. Avide de détails, l'étrangère l'abonde d'interrogations logiques. Gabriel plisse cependant le regard, tâchant de déterminer si elle est sincèrement curieuse ou si elle détecte, à l'instinct, le mensonge derrière la vérité. Elle a du entendre des histoires, des tas d'histoires... Et puis, à force de vagabonder scrupuleusement comme elle le fait, elle est forcément saturée de méfiance. Puisque la dissimulation ne comporte aucun bénéfice pour l'instant, il opte pour la plus stricte des franchises, tâchant de relater tous les aspects dont il se souvient : « J'étais déjà prisonnier depuis plusieurs jours quand ils l'ont enfermée avec moi. Même maintenant, je sais pas pourquoi ils l'avaient prise, ou ce qu'ils lui ont fait. » Assez peu de choses, nécessairement, en comparaison de son propre supplice. « La pièce était dans le noir, alors on ne pouvait pas se voir ou se reconnaître. On n'avait aucune raison de se faire confiance, aussi. Elle aurait pu être avec eux... » Ça avait été sa première impression, et la plus durable. Néanmoins, Gabriel avait du se résigner, les heures passant. Elle était dans une situation tout aussi peu enviable que la sienne, et il devait compter sur tous les secours possibles. « Ils m'avaient affamé et assoiffé, mais ils lui donnaient à manger et à boire. Elle a accepté de partager. » Leurs geôliers avaient probablement compté sur le fait qu'il la tuerait pour obtenir le privilège qu'ils n'accordaient qu'à elle. Une présomption naturelle qui avait été contrariée : « On avait passé un accord : on ferait n'importe quoi pour sortir de là, ensemble. » Désormais hors de son enfer, il n'éprouve toujours aucune reconnaissance pour cette femme. Ils se sont mutuellement rendus leur liberté. Ils s'en sont sortis indemnes. Et seuls. « Après quelques jours, j'allais un peu mieux. C'est là qu'ils nous ont déplacé. » C'est aussi là qu'ils avaient, ensemble, procédé au massacre. Et, bien que la question soit soulevée par la recruteuse, Gabriel rechigne à l'effrayer. « J'aurais jamais pu tuer autant et avoir la force de m'enfuir... » C'est faux. « Et puis ils étaient plus nombreux que nous, et mieux nourris, et mieux armés. On n'était pas sûrs de réussir. » Cette possibilité avait été longuement discutée entre eux. Puis ils avaient convenu que ces connards méritaient de se faire sortir les tripes du ventre. Comme elle vient de le dire, les autres se seraient lancés à leur poursuite. « Alors on est partis en silence, en mettant le plus de distance possible entre eux et nous avant qu'ils s'en aperçoivent. » Ils avaient pris leur temps. Inspecté le moindre centimètre carré, de corps, de caisse, de sable. « Quand on a pensé être assez loin, on s'est séparés. » C'était le point qui avait le mieux fait consensus. « Je crois qu'elle avait un groupe à elle... » Il en est toujours sûr. « Et me voilà, il dit encore. »

Le feu ne varie pas d'intensité. Il se fiche totalement des deux individus qui s'échangent des mots et des regards. Il contemple cette conversation prudente, calculée. « T'as l'air de ceux qui ont l'habitude de poser les questions, et pas d'y répondre. » Gabriel lui rétorque un peu froidement, mais il ne regrette pas son timbre. « Je sais que tu fais partie d'un groupe. » Il hausse les épaules. « Je sais pas lequel. » Il y a ceux qu'il connait, et ceux qu'il a personnellement rasé. Et puis les plus petites cellules – mais qui comportent rarement, de fait, des recruteurs. « Mais je sais que c'est moi qui passe le casting, hein ? » Un autre petit rictus lui ouvre la bouche, et il l'efface immédiatement sous l'éclair de souffrance qui lui ravage la pulpe. « La seule question que je me pose, il dit sans qu'autre chose que son timbre sourit, c'est quel genre de groupe espère recruter en envoyant une femme qui se barbouille de rôdeur ? »
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MessageSujet: Re: desperado   Dim 8 Jan - 14:26

Elle capture chaque mot, les analyse, ferme les yeux quelques secondes et décide de les accepter. Il n'a pas l'air de mentir, et les stigmates de ce qu'il raconte se lisent bien sur son visage. Elle sait reconnaître les gens mal en point, elle-même a été à ce stade de survie, affamée, maigre et pâle, comme un malade qui vit ses dernières heures sur son lit d'hôpital. Malini réfléchit, fait le point, se dit que pour quelqu'un qui fuit les jackals, il se retrouve quand même dangereusement proche de la zone où ils sévissent. Elle-même ne s'aventure pas trop sur ce territoire, et elle avait prévu de rebrousser chemin et de rentrer. Déjà quatre nuits dehors, et elle n'avait rien vécu d'intéressant. Jusqu'à maintenant, du moins.
Il continue sur sa lancée mais dévie de son récit pour commencer à s'intéresser à elle. C'est le moment où elle doit se vendre également si elle veut espérer pouvoir le rallier aux Riders. Mais il marque un point, le visage barbouillé de sang, les cheveux emmêlés où sont accrochés ci et là des morceaux de rôdeurs non identifiés, et l'odeur qui doit émaner d'elle ne sont pas vraiment des critères appétents. De plus, il n'a pas l'air impressionné par son camouflage, donc elle peut rayer la fascination de sa liste de méthodes. Pour certains, quelques esprits plus faibles en quête de quelqu'un capable de les protéger, ça fonctionnait. Mais lui, il n'a pas l'air de quelqu'un qui a besoin d'aide. Ce qui le rend d'autant plus intéresant. "C'est quoi la partie qui te dérange le plus ? Que je sois une femme ou que je me barbouille de rôdeurs ?" Elle replie ses jambes sous elle et se redresse. Ils viennent de torpiller le vif du sujet et maintenant, chaque mot et chaque détail compte. "À vrai dire, j'étais sur le chemin du retour j'espérais pas recruter quelqu'un encore, alors quand j'ai vu cette horde de rôdeurs, disons que je me suis laissée tenter." Elle hausse les épaules avec désinvolture, comme si c'était anodin de vouloir se fondre au milieu des morts vivants, comme s'ils étaient un sujet d'étude – et ils en étaient un pour elle.

"Mais pour répondre à ta question..." Elle s'arrête, le jauge quand même pour savoir si c'était prudent de révéler des informations sur le ranch à ce stade. "Je suis avec les cavaliers." Elle ne dit rien de plus, car s'il connaît les groupes comme il en a l'air, alors il doit en connaître suffisamment à leur sujet. "Et en général, je suis un peu plus présentable que ça." Un maigre sourire étire ses lèvres alors quand elle pense à son apparence actuelle, un désordre complet de sang et de vestiges de la mort, beaucoup plus représentatif de ce qu'elle a l'impression d'être que son apparence "normale." Le temps où elle se devait d'être jolie est terminé, maintenant elle préfère parader en ayant l'air d'un mort. "C'est quoi tes plans pour la suite alors ? T'as un endroit où aller ?" Parce qu'elle, elle a bien un endroit à lui suggérer. Elle en est persuadée, cet inconnu a l'air d'avoir de nombreux talents dont le ranch pourrait avoir besoin. "À moins que t'aies d'autres questions ?" Elle se rend compte qu'ils n'ont même pas pris la peine de se présenter, et ça la persuade davantage qu'il est un peu comme elle au fond, débarrassé des vieilles conventions et règles de politesses encombrantes et inutiles. La survie, c'est pas une histoire de feu de camp et de marshmallows où on fait connaissance, c'est partir du postulat que tout le monde est ton ennemi jusqu'à ce qu'il prouve le contraire. Même donner son nom est une information vitale par les temps qui courent.
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MessageSujet: Re: desperado   Mer 1 Fév - 13:27

Rien ne dérange Gabriel Rosario. Rien ne le dérange plus depuis longtemps. Depuis six ans. Peut-être trente. Et il n’y a rien qui lui entame réellement la curiosité, ou rarement. Et cette femme pénètre violemment cette dernière catégorie. On ne s’approche pas volontairement de rôdeurs, et surtout pas d’une horde. Même lui ne le fait pas, ou alors équipé de toute une armée puisqu’il ne cède pas au costume d’hémoglobine et de viscères. Il y a l’arène, bien sûr, et il se dit qu’elle plairait particulièrement à cette étrangère. Il adorerait l’y voir mourir. Il aimerait tout autant l’y voir survivre. Le peu qui aient opté pour cette stratégie n’ont pas eu le temps de se constituer un rempart olfactif suffisant ou ont fini massacré par les autres, qui ne distinguaient plus le vivant du mort ou qui s’en fichaient parfaitement. Cette femme en a, de toute façon, l’étoffe. Ou alors il se trompe, et il est vrai que Gabriel n’est pas le plus fin observateur de la nature humaine. Il ne s’y intéresse pas assez, n’y passe pas suffisamment de temps.

Or, pour l’instant, il n’a pas le choix et pas l’énergie de faire autrement.

Les Rhodes, elle l’éclaire finalement. C’est extrêmement ironique, et il est incapable de contenir l’éclat brillant qui explose au fond de ses pupilles. C’était, en soi, la solution la plus probable – à moins qu’il n’ait été capturé puis déplacé beaucoup plus loin qu’il ne le pensait. De tous les camps consistants alentours, le ranch est le mieux équipé pour recruter, avec des constructions solides et des ressources pérennes (en tous les cas, ce qui s’en rapproche le plus). Cet aveu remet néanmoins les choses en perspective. D’abord, il n’a aucun intérêt à la suivre. Si elle ignore manifestement qui il est là, ce n’est pas le cas de la moitié des Cavaliers et, au hasard, d’Abel Rhodes lui-même. Ensuite, ils ne sont pas si loin de Stonebriar ; sur quel flanc de la vallée, il ne le sait pas et ce serait idiot de le demander. À combien sont-ils du ranch si elle s’apprêtait à rentrer ? Et à combien du centre commercial ? Ce qui obsède le plus Gabriel, c’est de se mettre à l’abri ; non pas comme un petit animal blessé qui voudrait s’enfouir loin dans son terrier, mais comme un bon soldat qui manque d’un arsenal pour repartir s’amuser au combat. Et puis Marisa lui manque. Pourtant, son regard reste sur l’inconnue et sa conscience y revient. Elle doit effectivement être jolie, sous cette putréfaction. Et ils ont tous les deux l’air d’y attacher une importance égale : aucune. « J’ai nulle part où aller. » Bien qu’il mente avec beaucoup de dégagement, Gabriel ne fléchit pas. Il sait ce que cette réponse implique : est-ce qu’il a vraiment l’intention de la suivre jusqu’aux Crimson Riders ? Certes pas. Mais il est incapable de la laisser s’échapper pour l’instant. S’il déclinait l’offre tacite qui éclot à cette bouche, elle ramasserait poliment ses affaires et s’en irait sans tout à fait lui tourner le dos. Or, ils ont visiblement de la curiosité l’un pour l’autre. Pour deux raisons très différentes, mais ils ne peuvent que la sentir. « Je connais les cavaliers, il répond lentement. De nom, je veux dire. » De tripes et de sang, aussi. Où était-elle, lors de l’assaut des Jackals ? Et lors de la riposte des cabots d’Abel Rhodes ? En vadrouille, c’est possible. Dans la mêlée, c’est tout aussi probable. Il n’est pas habitué à ce qu’on ne sache pas qu’il est un assassin et, pour cette fois, il ne s’en offusque pas et ne s’empresse pas davantage de le démontrer. « Et je me demande seulement à quoi je pourrais vous servir. » Il ouvre les paumes vers le ciel, l’air de tout et de ne rien désigner. Il est dans un état déplorable, presque autant que celui de l’inconnu – qui, pour ainsi dire, l’a fait exprès. « Parce que c’est de ça dont il s’agit, pas vrai ? Tu te dis que je pourrais faire l’affaire... » Il ne va pas la détromper. Mais il ne voudrait pas donner l’impression de se donner non plus.

En plus, Gabriel n’a pas encore décidé ce qu’il veut. La tuer. La suivre. La recruter à son tour. Juste la garder près de lui, encore quelques instants, pour étouffer ce froid morbide qui s’est lové dans sa poitrine après des jours de solitude amère.
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MessageSujet: Re: desperado   Mar 28 Fév - 19:00

Pedernales est le lieu des rencontres atypiques, des rencontres qui dans d'autres temps n'auraient sûrement pas été possibles. Quoi que... Malini a mené deux vies radicalement différentes, peut-être que ce type a fait partie de sa première. Peut-être qu'il s'est déjà posé dans un des dinners d'autoroute dans lesquels elle a travaillé et qu'elle lui a servi du café et une assiette d'oeufs au bacon. Peut-être qu'il l'a à peine regardé, murmurant un merci évasif, engourdi par la nuit passée à conduire et à dormir sur les banquettes arrières. Il n'avait pas l'air très causant, ni l'air pervers, il ne ressemblait pas aux routiers qui profitaient de son uniforme scandaleusement laid et trop petit pour se rincer l'oeil. Si elle aime imaginer la vie des rôdeurs, rien ne vaut finalement le passé des vivants. Le gouffre entre leur existence relativement tranquille et l'errance imposée par l'apocalypse, c'est sa façon à elle de se réjouir du malheur des autres.

Il lui confirme n'avoir nulle part où aller, ce qui ajoute une toute autre dimension à cette conversation. Si elle n'était pas encore sûre de savoir où cette rencontre les mènerait, elle se faisait maintenant une idée plus nette et le recrutement s'annonçait inévitable. Malini, elle les attrape rarement de front comme ça. Quand elle repère des survivants, elle se fait discrète et les suit un peu, guette leurs réactions, ensuite elle met en scène une situation qui leur donne l'occasion de prouver leur valeur. Et dans les cas où elle devait finalement passer par la discussion, elle se fiait à son instinct. Et jusque-là, son instinct s'était révélé plutôt fiable. "Donc tu connais un peu le coin alors. Alors tu dois savoir que continuer dans cette direction, c'est pas vraiment une bonne idée." Son doigt pointe le nord ouest, direction vers laquelle on s'enfonce dans les territoires des chacals. "Je sais pas si tu les connais eux, mais ce sont les dernières personnes que t'as envie de croiser dans ce coin." Ses dents se serrent quand elle y pense. Impavide ? Pas tant que ça finalement. Il y a des gens qui arriveraient donc à arracher un frisson d'horreur à la recruteuse.
De son sac, elle sort une bouteille d'eau et une petite serviette et se nettoie finalement le visage. Sommairement, juste de quoi enlever les plus grosses traces de sang. Elle prend une gorgée qu'elle recrache aussitôt, pour se débarrasser du gout de sang et de pourriture. Il y a des limites à ne pas dépasser tout de même. "On a besoin de plein de profils différents au ranch. Des teigneux comme des plus taciturnes. T'as l'air de savoir t'en sortir en situation extrême, on cracherait pas sur quelqu'un comme toi. Un peu de repos, des repas à ta faim et tu seras comme neuf."
Elle en a vu des pires que lui débarquer, certains sur le point de mourir même et aujourd'hui ils sont des raideurs, des chasseurs ou des gardiens. Elle-même était arrivée au ranch alors qu'elle était à bout. Le ranch n'est pas non plus l'endroit de tous les miracles, elle en a bien conscience, mais elle en a déjà vu se retrouver un but grâce à leur intégration au groupe.

"Je promets pas non plus le séjour de rêve, mais c'est pas trop mal... Surtout quand ça devient trop difficile ici." Et ses mots n'arrivent pas à cacher leur véritable sens, l'écho à sa propre histoire faite d'errance et d'un deuil impossible à porter. Le ranch, au départ, c'était sa trêve avec elle-même.
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