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 23.11.2010.

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MessageSujet: 23.11.2010.   Lun 10 Oct - 11:35

Mr & Mrs Rosario
« 23.11.2010.

Marisa. Marisa. Marisa. Gabriel n'arrête pas de dire son nom. Le monde part en vrille et c'est soudain le sien qui reprend sens.

Le cul contre la calandre, il allume cigarette sur cigarette. A ses pieds, elles font un tas catastrophique, de demi consumées, de cramées jusqu'aux filtres. Négligemment jetées, de braise et cendre mêlées, elles mettraient le feu aux fourrés alentours si l'univers n'avait déjà opté pour un autre moyen de s'anéantir. Marisa. Marisa. Gabriel est là depuis trois jours, dans le coude que fait la route avant de plonger dans la vallée. Marisa. Marisa. Hier, il a commencé à rationner l'eau. Par la vitre grande ouverte, la radio crache le grésillement caractéristique de la quasi totalité des ondes. Il n'y a plus qu'une poignée de stations, toutes nationales, qui parviennent à émettre – et elles diffusent quasi exclusivement des messages gouvernementaux. Il a cessé de les écouter, parce qu'ils ne disaient rien que ce qu'il savait déjà : on va tous crever.

Ça ne lui fait strictement rien.

Il scrute obstinément la route, le pouce bruni par le briquet qu'il esquinte encore et encore contre son empreinte. Marisa. Marisa. Le temps ne s'écoule pas plus vite. L'attente n'est pas plus supportable. En plus, il doit batailler avec la crainte qu'elle ne vienne pas. Gabriel n'a aucune idée d'où elle est, de ce qu'elle fait, de si elle est encore en vie. Ils ne se sont pas vus depuis des mois... des années, peut-être. La chronologie a sacrément perdu de son intérêt quand il a été privé de sa sœur. Quand il s'est amputé de sa sœur. C'était peut-être il y a un siècle, finalement. Une autre vie. Et voilà trois jours qu'il l'attend. Et, soudain, Gabriel se souvient que c'était une fête absurde – probablement Thanksgiving. Joan renouvelait constamment l'invitation, s'assurant qu'il obtienne de précieuses heures en présence de sa sœur pour tarir l'amertume dont il les abreuvait, leur fille et elle, le restant de l'année. En vérité, ça empirait les choses. La courtoisie de son épouse à l'égard de sa belle-sœur frisait la plaisanterie cruelle. Et, lors de ce supposé Thanksgiving, ils ne s'étaient rien dits qui compte. Le plus ordinaire et le plus artificiel. Marisa était repartie, sans préciser réellement où. Joan avait débarrassé la table, Gabriel, fait la vaisselle, et Oona était allée se coucher. Il n'avait eu aucune nouvelle depuis et, en fin de compte, il n'avait, ce soir-là, rien appris non plus.

Gabriel veut revoir Marisa. Joan et Oona n'étaient pas encore tièdes, le sang n'était, sur lui, pas encore sec, qu'il s'était engouffré dans sa voiture, le coffre chargé de vivres et d'armes. Le monde ne s'était pas encore effondré qu'il avait pris le chemin du seul endroit qu'ils aient eu en commun.

La maison de leurs parents est après l'angle.

À force de guetter le nuage de poussière sous un soleil impitoyable, Gabriel a les yeux qui le brûlent. Quand elle ne le fait pas tousser, la fumée lui monte dans les rétines. Il cligne des paupières, incapable de les hydrater comme il faut. Bien qu'il lorgne après la gourde, jetée sur le siège conducteur, il s'interdit d'avaler de nouvelles gorgées. Le climat est affreux et il ignore s'il sera un jour possible de retourner en ville. Le reste de son espèce doit déjà s'adonner aux pillages, dans tous les centres commerciaux et boutiques plus modestes. Bientôt, on évidera les maisons voisines. Ou ils seront déjà morts et ce cumul n'aura eu aucun sens. S'il vivent jusqu'à demain, il sera temps d'y songer plus sérieusement. Car, pour l'instant, la cigarette lui brûle les doigts et il la jette, une colère vexée pour la piétiner dans la terre. Il ne pense pas tout de suite à relever le crâne, mais un chuintement lointain lui exaspère le bord de la conscience. Il se fige aussitôt qu'il la voit : la voiture soulève une nuée poussiéreuse, la carrosserie frappée par les rayons vifs du soleil matinal. Ça pourrait être n'importe quelle voiture. Ça pourrait être n'importe qui. Pourtant, le cœur de Gabriel est déjà étreint par la certitude : Marisa.
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Lun 10 Oct - 22:27

L’air frais s’engouffre dans la voiture à travers toutes les fenêtres grandes ouvertes. Marisa ne prête qu’une vague attention à ce qui l’entoure et au paysage pourtant familier qui défile au fur et à mesure des kilomètres qu’elle engloutit. Elle a passé la frontière entre le nouveau Mexique et le Texas dans la nuit et depuis, elle ne s’est arrêtée qu’une seule fois afin de faire un nouveau plein d’essence. Sa conduite est devenue mécanique avec les heures, et quand elle a commencé à reconnaître les routes et les villes, Marisa s’est perdue dans les souvenirs de son enfance. L’image de Gabriel tourne dans son esprit, comme floue mais la certitude de le retrouver très prochainement l’aide à lui donner une vraie forme. Bien sûr, elle se souvient de lui, du moindre détail, des fossettes qui se creusent quand il lui sourit, du la lueur qui luit au fond de ses yeux quand il la voit. Elle se souvient de ses lèvres contre sa peau et de ses murmures au creux de l’oreille. Elle se remémore avec une précision accrue des doigts qu’elle promène dans les cheveux courts de son frère ou contre son torse, de son odeur, de son souffle. La voiture vrombit quand le pied de Marisa écrase un peu plus la pédale d’accélération. Elle va retrouver Gabriel, le serrer dans ses bras, tout contre elle, et cette certitude suffit à apaiser son esprit, écarter des craintes qui pourraient être légitimes en ces temps. Depuis le fond de son ventre, une douce chaleur s’installe et remonte le long de son échine. Son visage s’éclaire d’un sourire éclatant. Quand elle s’engage sur le chemin, tout prend des allures de films un peu trop stéréotypés et Marisa le savoure comme tel. Le soleil l’aveugle, malgré ses lunettes de soleil, et si elle distingue vaguement la forme d’une voiture stoppée et celle d’une silhouette adossée contre la carrosserie, si elle a l’intime conviction que c’est Gabriel, elle profite de cette légère incertitude. Quand enfin elle coupe le moteur et descend du véhicule, elle porte la main à ses yeux pour mieux distinguer, mais rien n’y fait. Volontairement, elle s’est arrêtée un peu plus loin, pour le plaisir de combler en marchant la distance qui les sépare. Alors, elle lisse sa robe, arrange ses cheveux et avance doucement. Les fourmillements au bout de ses doigts accompagnent le cœur qui bat la chamade dans sa poitrine tant l’émotion et la joie sont vives et intenses. C’est presque douloureux. C’est douloureux. Gabriel lui a manqué plus que de raison et quand enfin elle le reconnait, qu’elle le voit, quelque chose explose en elle. C’est merveilleux et terrifiant et jouissif à la fois. Les Rosario se savent et se connaissent si bien, malgré les années. Ils savaient où. Ils savaient quand. A croire qu’ils n’attendaient que ce prétexte pour enfin se retrouver.

A quelques pas de son frère, trois ou peut-être quatre, Marisa s’arrête. Le soleil l’aveugle toujours, mais elle retire pourtant ses lunettes de soleil pour trouver les yeux de son frère et qu’ils se perdent un moment l’un dans l’autre. Machinalement, les mains de Marisa lissent à nouveau sa robe et elle dissimule vainement la tâche de sang qui macule le coton blanc. Il est beau, Gabriel. Les yeux de sa sœur retracent avec gourmandise et envie ce visage qui lui a tant manqué, et finalement, elle comble la distance pour se jeter dans ses bras. Le corps pressé contre le corps, les lèvres cherchent les lèvres, les mains trouvent les mains, et les souffles provoquent les soupirs. Le baiser, long, violent, ne suffit pas à combler tout ce qui a manqué des jours, des mois, des années durant. Et quand finalement, ils se séparent, Marisa lui murmure doucement. « Je suis rentrée à la maison… ».
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Mar 11 Oct - 23:29

La voiture ralentit et la chaleur est insoutenable. Depuis trois jours, Gabriel l'attend. Il n'en peut plus, de la solitude, de la patience et de l'éternité et, néanmoins, maintenant qu'elle est là, puisqu'il sait que c'est elle, il pourrait attendre cent autres jours, ou peut-être cent ans. Il s'accroche à l'instant avec un désespoir totalement enchanté : il ne vivra leurs retrouvailles qu'une seule et unique fois. Plus jamais il ne sentira cela... la frénésie, la crainte, la fébrilité, la nervosité, le désir. La portière cède, et le temps file avec une lenteur irréelle. Elle sort. Le soleil tombe sur elle comme s'il n'existait que pour l'éclairer. Le romantisme affreux de Gabriel enflamme chaque détail. Il est si intimement bouleversé qu'il ne parvient pas tout à fait à se redresser. Il est encore plus incapable de bouger. Marisa est sublime. Elle n'est pas simplement belle. Non, belle, c'est beaucoup trop court, beaucoup trop simple et beaucoup trop injuste. Gamine, elle exerçait déjà cette puissante attraction. Adolescente, elle a appris à la confiner dans tous les endroits de son être. Adulte, elle est spectaculaire. Gabriel ne connait aucune autre femme comme Marisa. Elle ne se contente pas d'une jolie robe jetée sur les courbes, et elle n'est pas que cette démarche définitive qui vient à lui. Elle vous prend aux yeux, à la gorge et au cœur. Plus bas, elle vous prend plus encore. Il est constamment amoureux d'elle. Comme le plus abruti de ses prétendants. Comme le plus naïf de ses ex. Comme l'homme qui la connait le mieux. Et sa sœur est sublime quand elle marche sur lui. S'il avait le contrôle de son être, il tomberait à genoux, même plus bas que ça.

Elle le laisse triste, et vide. Elle le garde figé, absorbé.

Il l'enlace avec un putain de coup dans la poitrine. Elle vient de lui traverser le corps à coup de fusil à pompe. Gabriel croit qu'il va s'effondrer, lâcher. Mais on ne peut pas crever de bonheur, c'est sûr... ? Ils s'attrapent la bouche avec la fièvre de leurs quinze ans, des souvenirs en pagaille pour leur brutaliser les sens et raviver les feux des vieux instincts. A la folie qui s'empare de lui, Gabriel pourrait estimer combien sa sœur lui a manqué. Même lorsqu'ils se voyaient pour des occasions ridicules. Pire encore lorsqu'ils se voyaient, ne se disaient rien, ne se faisaient rien. La nuque de Marisa dans la paume, il mord dans ses lèvres, froisse sa robe et lui esquinte les cuisses. Il a envie d'elle comme aucun mot ne peut le dire et comme aucun geste ne peut le montrer. Il lui faudra sûrement vingt ans pour ça. Et, s'ils ne disposent pas d'autant, il essaiera. Au baiser qu'il refuse de laisser mourir, Gabriel le promet à sa sœur. « T'es rentrée, il répète et soupire. T'es rentrée... » Avec la sensation indélicate que rien n'est vrai, il caresse son nez, ses pommettes, son menton. Il fait le tracé de sa mâchoire. De sa gorge. Il remarque à peine la robe. Il ne considère absolument pas le sang, ses propres habits maculés au rouge rance. « Je t'aime. » Il plante un baiser un peu sec sur la bouche de Marisa. « Je t'aime. » Syllabe après syllabe, il n'est pas foutu de croire que ça arrive. Son crâne lui fait mal. Son cœur lui fait mal. Sa braguette aussi.

Il empoigne les mains de Marisa. Il serre fort. Il ne veut plus jamais les lâcher.
Ses yeux sont confusément noyés dans ceux de sa sœur et un sourire extatique lui barre les lippes. Gabriel se sent profondément libre. Pour la toute première fois de sa vie, Gabriel sent qu'il peut tout. « Je ne savais pas si tu viendrais... si tu voudrais venir. Je ne savais pas si - »
Deux fois de suite, il déglutit. Puis il ne dit plus rien.
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Sam 15 Oct - 23:30

C'est merveilleux. Les mains de Gabriel sont partout à la fois sur son corps pour lui affoler les sens. La sensation, elle la savoure et la déguste pleinement. Ca lui torpille agréablement les chairs et les entrailles, excite le cœur et l’esprit. Les paumes de son frère se perdent sur son visage, et les yeux fermés, Marisa s'abandonne au contact doux et rugueux en même temps. Il a les doigts qui sentent le tabac, mais l'odeur ne la dérange pas, parce qu'elle est synonyme de Gabriel près d'elle, de Gabriel qui esquisse les courbes de son visage du bout des doigts. De Gabriel contre qui elle peut se perdre si elle le veut. Contre qui elle se perd. Le nez dans sa nuque, une main qui sert sa taille contre elle, l'autre qui caresse les cheveux, Marisa se colle tout contre ce corps qui lui a manqué, contre son frère qu'on lui a arraché. Le temps se suspend quand ils s’enlacent et se retrouvent. Les corps se souviennent, l’âme aussi. Il n’y a que lorsque Gabriel se trouve auprès d’elle que Marisa se sent réellement entière. Chaque fois qu’il est loin d’elle, c’est comme si on lui arrache des lambeaux de son être. Alors, lovée dans les bras de son frère, le nez plongé dans sa nuque, elle panse ses plaies et hume l’odeur de Gabriel pour mieux s’en souvenir, pour s’en imprégner. Ses lèvres déposent parfois de doux baisers sur la peau découverte du cou. « Je t'aime. » Marisa relève le visage et contemple Gabriel. Le sourire qui s’étale sur son visage s’accentue encore plus, si c’est possible. Dans son ventre, ça picote, ça explose, ça remonte dans le cœur et la ça chauffe la poitrine. Il sent son palpitant qui s’emballe ? Il voit ce sourire niais ? Et cette lueur dans ses prunelles ? Elle a à nouveau quatorze ans, peut-être un peu moins, peut-être un peu plus. Et Gabriel vient de lui dire je t’aime. Et comme à l’instant, la saveur est différente. Dans les yeux de son frère, elle y lit la même adoration qu’elle éprouve, l’amour plein et irrationnel et infini qu’ils partagent. C’est simple, et c’est beau, et c’est intense. C’est parfait et essentiel. Marisa se souvient combien elle aime Gabriel depuis toujours et combien il l’aime depuis plus longtemps encore. Et quand il le répète, c’est mieux encore. La chaleur embrase son corps depuis sa cage thoracique jusqu’entre ses cuisses. Alors elle l’embrasse. Encore. Et encore. Et encore. Et Marisa se fond dans le giron de son frère pour trouver plus de lui, de sa chaleur, de son odeur, de sa voix et de son corps. « Je ne savais pas si tu viendrais... si tu voudrais venir. Je ne savais pas si - ». Les doigts de Marisa se posent sur les lippes pour l’obliger au silence. « Shhh. Je suis là, elle le console et le rassure. Je suis là, et je ne pars plus. Et on ne se quitte plus. ». Quelques mots, pour quelques promesses et un pardon. Elle ne doit cette douleur atroce de la séparation et ce bonheur intense des retrouvailles qu’à elle-même. C’est elle qui a imposé cette distance, cette idée de mariage. Elle l’a contraint à cette vie sans saveur, loin d’elle, par caprice et par jeu. Plus jamais, elle se promet, plus jamais, elle lui promet, ils ne seront loin de l’autre. « Bien sûr, que je suis venue. Je ne voudrais pas être ailleurs qu’ici. Et maintenant. ». Marisa lui sourit, rassurante avant d’attraper le visage de Gabriel pour trouver encore les lèvres et l’embrasser à nouveau. Encore. Toujours. Comme pour combler tout ce temps perdu. « Je t’aime aussi, elle murmure. ».
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Jeu 20 Oct - 11:40

Ce post contient des propos non-explicites mais pour un public averti.

Il pourrait pleurer. Si ce putain de sanglot voulait sortir de sa gorge, et délasser l'emprise de ces années inutilement épuisées sans sa soeur... La trachée pressée par l'amour désespéré qui le lie à Marisa, Gabriel ne peut plus prononcer un mot ou faire autre chose que la serrer contre lui. Il craint de la rêver et de l'halluciner. Il craint qu'elle ne s'efface. Elle lui est seulement revenue qu'il l'imagine partir. Marisa lui promet que non et il sent sa présence se raffermir entre ses doigts. Depuis quelques secondes, elle est plus tangible. Il ne l'abîmera pas à force de l'observer, de la toucher. Elle ne veut être nulle part ailleurs qu'ici. Comme un imbécile, Gabriel se sent flatté. Et leur baiser, violent, mordant, est quasiment volé à tous les autres. Pour une raison absurde, il croit les sentiments de Marisa moins légitimes. Ce n'est pas tout à fait ordinaire d'être aimé d'elle. Et, néanmoins, c'est tout aussi rare d'être aimé de lui. Ils ne vont bien qu'à deux et, aussi ironique que soient le hasard, le destin ou ces choses assurément imaginaires, il fallait le chaos pour réunir ces cœurs impitoyables. Ce monde qui tombe en ruines lui a rendu sa sœur. Ce n'est que justice, après tout : il la lui avait volée.

« Viens avec moi. » Ils ne vont pas très loin, Gabriel l'entraîne vers la voiture qui l'a ramenée de l'Oregon au Texas. La portière est restée entrouverte, et le soleil de plomb inonde l'habitacle de chaleur. Il s'en fiche lorsqu'il hisse Marisa sur le siège conducteur. Il est déjà plein de sueur, le cœur battant, le souffle court, et une soif épouvantable de sa sœur. Gabriel n'a pas eu assez de ses je t'aime, et de ses lèvres, et de son corps. Les mains initiées dans leur adolescence, il pousse sur les genoux de Marisa et, gravissant les cuisses, retrousse sa robe, centimètre après centimètre. Sa bouche cherche, et trouve, les lèvres de sa sœur et il y entre férocement la langue. Le grognement entendu, elle le déshabille avec tout autant de stratégie, délaissant ses épaules et son torse au profit de son jean. « Je t'aime, il dit en lui attrapant la mâchoire. Je t'aime, il dit encore. » Il est tout près d'entrer dans son ventre quand un mouvement de Marisa lui fait lever le regard. Une hésitation voile un instant les pupilles de sa sœur, et Gabriel ne saisit pas tout de suite ce que c'est. Après quelques secondes et une vague amertume entre les reins, il déchiffre et sourit doucement – séditieusement. « Je peux plus avoir d'enfant, il la rassure d'un souffle contre les lippes. » Il avait pris cette décision le jour de la naissance d'Oona. Il n'en avait jamais parlé à personne, et surtout pas à Joan. Il avait gardé pour lui le meurtre de tous les frères et sœurs qu'il ne ferait jamais à sa fille. Il n'avait pas non plus entretenu Marisa des nouvelles trahisons qu'il ne lui infligerait jamais. Prudemment, Gabriel attrape la main qu'elle dressait entre eux (contre lui) et il la pose à l'endroit de sa peau qu'agite le cœur. Moins pressé, plus aimant, il approche lentement leurs corps, ses billes rivées aux billes, ses lèvres douloureusement happées par les lèvres. « C'est seulement toi et moi... » Marisa abandonne facilement, le bassin qui pousse vers son frère. Il lui sourit moins gentiment quand il pénètre en elle.

Comme le siège avant était inconfortable, ils sont allés baiser sur la banquette arrière. Une cigarette dans la bouche, et la vitre grand-ouverte, Gabriel est replié, à moitié nu, contre la portière. Il observe, l'iris incendié, Marisa qui remet de l'ordre dans sa tenue. Elle est sublime, et la sensation de la posséder, affolante. Son frère n'avait pas exactement oublié : le souvenir était cependant tiède, et amer la plupart du temps. Sa mémoire tactile ressassée pendant des années, il n'arrive pas à dissoudre les picotements à tous les endroits de son corps. Il est plein d'elle, d'eux, et un sourire invincible trône sur sa bouche. Gabriel aime tellement sa sœur qu'il aimerait mieux la voir se déshabiller complètement que d'ériger de fausses barricades de tissu entre eux. « Tu m'as manqué. » À tous les moments de ma vie. La respiration contrôlée, il n'est plus dévoré par l'urgence. Ils ont du temps. Peut-être pas beaucoup, peut-être pas assez, mais ils auront du temps, ensemble. Enveloppé par l'assurance que rien ne peut les empêcher de faire l'amour, encore, Gabriel se laisse gagner par une tranquillité nouvelle. Il maîtrise précisément sa vie et, en même temps, il n'est obligé de faire aucun choix. « Approche. » Il déplie lentement ses jambes vers le sol et il enlace Marisa qui grimpe à califourchon sur lui. La lisière de sa robe en est inévitablement remontée ; Gabriel n'essaie même pas de maquiller son sourire. « Plus près. » Pendant qu'il coince sa cigarette entre les lèvres de sa sœur, il embrasse sa gorge et ses seins. Ses mains la contournent, et s'arrêtent sur ses fesses. Il les empoigne solidement, et rit à voix cassée.  
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Dim 30 Oct - 22:49

Poste destiné à un public averti.

Les lippes qui trouvent les lippes, les corps qui se pressent l’un contre l’autre, les souffles qui se mêlent ne sont bientôt plus suffisants. L’esprit et les carcasses échaudés, Marisa et Gabriel cèdent tout naturellement à la hâte et l’avidité dont ils débordent. Les gestes deviennent frénétiques et maladroits tandis qu’ils se cherchent collés l’un à l’autre. Les mains de Marisa se font moins douces quand elles quittent les épaules pour le torse avant de trouver la ceinture puis la braguette. Les baisers de Gabriel lui affolent les sens et l’esprit, et elle ne pense plus qu’à lui qu’elle aime et lui qui l’aime. Elle ne pense plus qu’à combler ce manque douloureux et lancinant. Leur agitation et empressement les agacent mutuellement et ils se nourrissent chacun du désir grandissant de l’autre. Marisa a faim de ce corps qui répond à la moindre de ses caresses, de cette langue qui trouve la sienne. Dans sa poitrine, son cœur s’affole tout autant et son crane résonne de cet empressement. Les gestes deviennent précipités et maladroits, le souffle court et la poitrine un peu douloureuse. Marisa se gorge de tout cela. Des années passées à invoquer des souvenirs et imaginer Gabe en s'arrangeant de la réalité, agencer ses souvenirs avec les sensations, remplacer mentalement les voix, les souffles pour se satisfaire. Et se frustrer un peu plus à chaque fois. Elle goûte et savoure la brutalité de Gabriel quand il l'embrasse ou que ses mains fouillent les chairs et les tissus. Elle partage la même avidité et le même sentiment d'urgence immédiate. Quand Gabriel lui dit encore qu’il l’aime, tout son corps s’enflamme à cette déclaration. Un petit gémissement s’échappe de ses lèvres quand elles se séparent de celles de Gabe le temps bref de reprendre sa respiration. Elle est totalement acquise à ces mains qui pétrissent son corps. Pourtant, une crainte tourne dans son esprit et Marisa se suspend, les suspend, à cette inquiétude. Peuvent-ils vraiment… ? Ses yeux cherchent ceux de Gabriel et longtemps il l’interroge. « Je peux plus avoir d'enfant. C'est seulement toi et moi... ». Elle se fige un instant et scrute Gabriel. Marisa contemple son frère comme si elle le voyait pour la première fois ; comment exprimer autant d’amour en un regard ? Sa gorge se serre d’émoi en même temps que son sourire évolue pour exprimer toute l’émotion qui l’étreint à cet instant et pour laquelle elle n’a aucun mot. La joie la consume littéralement de l’intérieur alors que Gabriel lui offre le plus beau des cadeaux par le plus grand des sacrifices. Et comme plus rien ne les retient, Marisa lui offre ses cuisses et son ventre. Elle s’offre toute entière à son frère comme il s’est offert à eux. Elle en veut plus. Plus vite. Plus fort. Plus loin.

Mettre de l’ordre dans sa tenue l’aide à démêler les pensées confuses et les sentiments vifs qui l’agitent. Dans chaque recoin de son esprit, elle ne trouve qu’un sentiment de sérénité et de plénitude. On vient de lui rendre une partie d’elle, on vient de lui rendre la moitié qui lui a manqué durant six années. Sa respiration se fait profonde et régulière. Marisa oublie que le monde s’écroule sur lui-même, en dehors de cette voiture, en dehors de cette bulle. Elle se sent invincible, Gabriel à ses côtés. Elle partage le même état de grâce que Gabriel. Alors, elle lui offre un magnifique sourire quand elle relève la tête et croises ses yeux. Il est beau, Gabriel. Elle n’a rencontré personne d’autre qu’elle aime autant, aussi pleinement et entièrement. Aucun mot n’existe pour décrire ce qu’elle ressent, cette douloureux de l’esprit qui l’a torturée des mois, des années durant et qui disparaît d’un seul coup laissant place à la certitude qu’ils n’ont plus l’un que l’autre pour l’éternité. La curiosité la pousse à s’interroger sur Joan et Oona, mais ce n’est pas le moment. Elle approche doucement de son frère quand il l’invite, et s’installe sur ses cuisses. « Toi aussi, elle fait avec un temps de retard. Je suis désolée, Gabriel. Tellement désolée… ». Sa main se perd le long de la mâchoire, l’autre joue avec la cigarette. « Je t’aime, elle lui dit encore en se penchant sur lui. » Les baisers de Gabriel exaspèrent ses sens. Cette fois, ils prennent le temps et se redécouvrent. Lentement, Gabriel fait glisser la fermeture de sa robe et retire le vêtement. Il embrasse chaque centimètre de peau blanche qui se découvre, et chaque baiser déclenche une vague de frissons agréables. A son tour, Marisa achève de le déshabiller. Ses lippes trompent l’esprit de son frère tandis que ses mains plongent dans l’entre-jambe, vont et viennent lentement pour lui exciter l’esprit et les sens le long de la verge déjà tendue. Marisa sait exactement ce qu’elle provoque, et chaque soupir de Gabriel, chaque grognement la contente davantage. Elle pèse contre lui, la poitrine contre son torse, les doigts mêlés aux siens, confonds son souffle avec celui de Gabriel, et l’accueille en elle à nouveau. Elle lui fait l’amour avec tendresse et passion. Les corps expriment tout ce qu’ils ne savent pas se dire. Qu’ils se sont manqués. Qu’ils sont heureux. Qu’ils s’aiment. Qu’ils s’aiment depuis toujours. Qu’ils s’aiment pour toujours. Le bassin ondule lentement et Marisa plonge ses yeux brillants dans ceux de Gabriel, avant de l’embrasser à nouveau. Et encore. Les mains de son frère accompagnent le mouvement du corps. Fondus l’un dans l’autre, ils se souviennent.

Le soleil commence à peine à décliner quand ils tournent, main dans la main, sur le chemin de poussière qui mène chez leurs parents. Rien n’a changé, tout est confort aux souvenirs qu’elle a. Soudain émue, elle serre violemment la main de Gabriel dans la sienne, avant de se tourner vers lui, rayonnante. « Bienvenue à la maison, elle souffle. » Le petit portail grince quand il le pousse, mais personne pour les accueillir sur le perron. La maison de leur enfance semble figée dans un espace-temps loin de la réalité macabre du monde : dans le jardin, il y a toujours la balançoire que leur père a accroché à l’arbre centenaire qui trône au milieu de la pelouse parfaitement tondue. Dans un coin, le vieux barbecue trône, un peu rouillé. Sur la façade, la peinture ne s’écaille pas, preuve que leur père continue de l’entretenir. Et pourtant, le silence règne, à peine troublé par le chant des oiseaux. « Bienvenue à la maison, elle répète en attrapant la clef cachée sous un pot de fleur. » Ils poussent la porte, et le silence les accueille.
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Dim 11 Déc - 20:20

Il a Marisa sur la peau. Frère et sœur s'agrippent les phalanges, le cœur au bord des lèvres. Gabriel sent le sang de sa sœur dans sa paume. Leurs pouls s'affrontent et confessent leur excitation. Ils traversent le jardin de leur enfance, un œil ingénu pour en redécouvrir les détails. Ça n'a pas manqué à Gabriel et, d'ailleurs, sa propre demeure ressemblait beaucoup à celle-ci. Durant de longues années, il s'est ingénié à reproduire les aspects, les nuances et les codes de la plus froide normalité. Il y a encore quelques jours, quelques semaines, il était cet homme ordinaire, et frustré. Quand sa sœur glane la clef dissimulée et l'introduit dans la serrure, Gabriel grogne sa réprobation. Tout est intact, aussi précis que dans son souvenir. Le cadre est impeccablement rivé au mur de l'entrée. La console accueille une statuette époussetée, un vase et un coffret, entrouvert, où s'étirent trousseaux de clefs, briquets inutiles et quelques boutons en plastique. La neutralité étudiée du décor jure avec les messages radio qu'il entendait il y a seulement quelques heures.

L'apocalypse n'est pas arrivée jusqu'ici. Ici, on se fout de l'apocalypse.

Nos parents ont toujours attaché beaucoup d'importance aux apparences. Un cliché de classe moyenne, vraiment. Gabriel se détache de sa sœur, et il avance dans le couloir dont tous les pans sont couverts de photographies. Elles ont chacune leur place, et cette place est immuable. Cette maison paraît dire... tout va pour le mieux dans la plus normale des familles. Ma mère y tenait particulièrement. Elle devait croire qu'on sentait moins la frontière mexicaine à force de coller du vernis américain partout. Mais on restait des Rosario. En plein Texas. Il effleure l'embrasure, et il entre dans le salon. C'est une pièce ouverte, de part en part, et qui donne sur une salle à manger tout en longueur. Il n'y a personne, mais la fenêtre est entrouverte sans qu'on puisse deviner l'arrière du jardin. Mes parents ont toujours très bien fait semblant que tout était normal, et spécialement ma sœur et moi. Ma mère un peu moins, je crois. Mais, quand il arrivait à Marisa d'avoir des ennuis à l'école, c'est moi qu'elle accusait. Les coudes sur le dossier, Gabriel penche sur l'épais fauteuil de son père. À plusieurs occasions, ces derniers années, il s'est assis dans ce salon. Mais le monde tenait encore debout. Les gens ne mourraient pas sans qu'on puisse l'expliquer. Demain avait encore un sens. Elle devait le savoir. Papa se fichait de nous deux, mais pas maman. Maman devait savoir que sa chère Marisa n'était pas tout à fait... eh bien, que ce n'était pas entièrement ma faute. Se redressant, il fait signe à sa sœur de le rejoindre. Ses parents sont ici, ou tout du moins dans les parages. À force de les surveiller, Gabriel n'ignore qu'une seule chose : s'ils ont compris, eux aussi, qu'ils étaient là, que c'était eux. Ma mère m'aurait sûrement accusé d'avoir violé Marisa, j'en suis sûr, si ça n'avait pas risqué de fissurer son joli portrait de famille... Il y aurait eu une enquête, un procès, allez savoir quoi d'autre. Quand j'y pense, c'est terrible : elle a préféré vivre avec une fille qui se fait mettre par son propre frère que de casser cette image qu'elle a mis trente ans à construire. Main dans la main, ils débouchent ensemble sur une petite cuisine. Elle rutile littéralement. Il n'y a pas plus de désordre qu'il n'y a de saleté, du moins jusqu'à ce qu'un verre ne s'écrase et n'explose sur le carrelage. Eva Rosario a les mains qui tremblent, et ses pupilles vrillent dans les orbites sombres suivant qu'elles persécutent ou Marisa ou Gabriel. Son regard s'attache davantage à elle qu'à lui, mais il tombe constamment sur les bris éparpillés à ses pieds. « Tu devrais t'asseoir, Maman... » 
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Mer 18 Jan - 20:04

Les entrailles en vrac, entièrement saisie par cette émotion étrange, Marisa se laisse attraper la main. Elle n’a plus passé ces portes depuis des années, et les souvenirs qui lui reviennent sont bien plus agréables et doux que toute la rancœur accumulée chaque fois qu’elle pensait au passé. Derrière les côtes, là, tout contre la poitrine, son cœur se contracte avec frénésie, propulsant autant d’adrénaline que de sang dans les veines de Marisa. Elle s’enivre de cette brusque libération de joie pure et brutale. Un sourire idiot lui fait courber un instant les lèvres, alors qu’elle savoure le bonheur simple de passer, à nouveau, la porte de la maison de son enfance, avec son frère. Ses plus beaux souvenirs sont liés à ces murs, ce jardinet et ce ciel. Ses premiers émois, douces réminiscences qui lui traversent l’esprit. Gabriel est présent dans chacun d’eux. Toutes leurs premières fois. Le premier défi. Le premier chagrin. Le premier baiser. Leur première fois, dans sa chambre à lui, en silence pour ne jamais se faire remarquer de leurs parents ignorants, prenant autant de plaisir dans la chaire que dans l’interdit, le tabou et le danger. Le sang bat douloureusement dans ses tempes et Marisa adore ça. Elle n’aime cet endroit que parce qu’il la rattache à Gabriel, son amour pour lui et tout ce qu’il provoque en elle. Elle n’aime cet endroit que parce que c’est là qu’elle est tombée amoureuse de lui pour la première fois, et toutes celles qui ont suivi.

Comme lui, elle s’attarde sur les photos encadrées sur le mur et sur le visage ingénu de la gamine qu’elle était alors, les jolies robes lisses et sages que sa mère lui faisait porter, son premier prix de piano. La photo du mariage de Gabriel attire particulièrement son attention, attise à la fois la joie et l’amertume. La robe que Gabriel lui a choisi pour la cérémonie est outrageusement belle. C’est presque naturel, les yeux de Marisa glissent sur Joan. Gabriel n’a rien dit à son sujet, ni de sa fille. Il n’a pas eu besoin, le sang étalé, et à présent sec, sur ses vêtements parle pour lui. Pourtant, elle veut l’entendre dire. Elle veut frémir en entendant cette voix qu’elle chérit lui raconter le meurtre de son épouse, celui de sa fille ; ce sacrifice en son nom qu’il a commis. Ne restent qu’eux, maintenant, dans ce monde qui tombe petit à petit en ruine, au fur et à mesure que les messages à la radio se taisent les uns après les autres et que le silence s’installe sur les ondes.

Dans un silence presque religieux, elle rejoint Gabriel dans le salon, puis dans la cuisine. Leur mère se tient là. La normalité de cette femme qui s’active en cuisine est presque insultante dans cette réalité. Quand elle se retourne, lâche le verre, Marisa entre à nouveau dans ce rôle de petite fille modèle et adorée qu’elle a adoré jouer après d’elle. Gabriel la devance, quand il l’invite à s’asseoir, mais Marisa repère sans mal les regards affolés de cette génitrice naïve (ou bornée) aux traces rouges qui entachent les vêtements de ses deux enfants. Douce, prévenant, modèle, Marisa attrape doucement les mains de sa mère tandis qu’elle s’assoit, avant d’attraper un nouveau verre et de le remplir d’eau, pour le poser devant leur mère, encore muette. « Tiens Maman. On ramassera les débris après. » Marisa jette un regard vers son frère, avant de poursuivre. « On est revenu, elle annonce l’évidence. Tu… vous avez entendu les nouvelles ? » Eva Rosario hoche doucement la tête, mais n’ajoute rien. « Maman, on peut rester quelques jours ? » Jamais elle ne consulte Gabriel du regard. Mais, quel mal y-a-t-il de se fondre à nouveau dans cette fausse normalité qui les a entouré toute leur enfance ? Qui les a façonné ? Qui a permis leur rencontre ? Marisa veut retrouver les sensations des années passées, l’excitation, la joie, l’envie. Le simple plaisir de se chamailler, de se provoquer l’un et l’autre pour se retrouver. Et puis, ils peuvent bien rester un moment, quelques jours peut-être, le temps de décider quoi faire. « Où est papa ?  » Marisa s’en fiche bien, en réalité, mais elle veut lancer la conversation, briser le malaise de leur mère pour mieux l’amadouer. « Au jardin, répond enfin Eva d’une voix distante. Je… je pensais pas vous revoir. Mes enfants ! » Pudique, Eva Rosario masque ses sanglots de sa main. L’émotion est sincère, et Marisa adresse une œillade victorieuse à Gabriel. « On est là, maman, la rassure doucement Marisa en les prenant tous les deux dans ses bras. On est là… ».
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Mer 1 Fév - 12:01

La voix caressante et les mains pleine d’une précaution filiale, Marisa fait asseoir leur mère. Ce spectacle est suffisamment étrange pour que Gabriel s’en écarte, les fesses collées sur le bord de la cuisine, tout près de l’embrasure, et les bras croisés sur le torse. Il est incapable de participer, de se salir les paumes dans cette hypocrisie trois fois décennaire. Il n’y a pas dix minutes, il épuisait sa sœur sur la banquette arrière d’une voiture. Ça lui semble terriblement difficile, même impossible, de revêtir le masque à présent. À l’inverse, Marisa est une excellente actrice. Une véritable sociopathe. Son frère ne saurait pas dessiner les contours de ce mot… mais Marisa en est assurément les prémices, et peut-être même le coeur. Elle peut tordre ses intérieurs, manipuler les autres, adapter son comportement, et vous séduire profondément. Et il a longtemps cru, à juste titre, être son esclave, un parmi tous les autres. C’est plus tard qu’il a compris qu’elle le distinguait, qu’elle le tirait vers le haut, vers elle. Et Gabriel n’a fait aucune difficulté. Il s’est dressé à hauteur de sa folie, doté de sa propre insanité, de sa propre morale biaisée. Et leurs parents n’ont rien vu, ou fait semblant de ne rien voir. Comme ils ne paraissent pas s’attacher au cataclysme au dehors, à la fin du monde. Leur mère à la cuisine et leur père au jardin ; et l’on s’étonne que les enfants aient dégénéré ?

Machinalement, Gabriel jette un œil au jardin à l’évocation de son géniteur – tout l’horizon est vide. Il ne sait pas ce qu’il pense de rester ici, même quelques jours, même quelques heures. Il ne sait pas s’il en est capable, dans le cadre grotesque de son enfance et dans la cage de frustration de sa vie d’adulte. Il doit admettre, aussi, qu’il n’a aucun plan. Il n’a pensé à rien qu’à retrouver Marisa et, maintenant qu’elle est là, il se sent bien, serein, tranquille, quoi qu’impatient de la retrouver dans le corps, encore, longtemps, souvent. Il se fout totalement que le monde tombe en ruines, parce qu’elle est là et qu’il lui fait pleinement confiance. Si sa soeur dit qu’elle veut rester, alors ils restent. Si elle dit qu’il faut foutre le feu à tout ce qui vit et meuble aux alentours, alors c’est ce qu’il fera. Sagement, Gabriel se laisse entraîner dans l’ébauche de calcul et pareillement dans l’étreinte. Le parfum de leur mère lui pique la gorge et, en réalité, le souvenir. Il ne se souvient pas de la dernière fois qu’ils se sont tenus aussi proches l’un de l’autre. Eva Rosario et son fils n’ont jamais eu de relation fusionnelle – pas comme avec Marisa. Elle leur tenait peut-être lieu de ligne de rive, l’extrême limite qu’il leur était interdit de franchir sous peine de se séparer définitivement. Encore aujourd’hui, le rejet lui bouffe le ventre. Le moins aimé des deux enfants tolère péniblement l’imposture mais ne dit rien jusqu’à ce que la génitrice ne se dégage des bras de Marisa. Un moment, leurs billes se rencontrent. Elle jauge l’air calme, et l’émotion rentrée, de son fils. Il ne sait pas ce qui le retient d’aller piller le coffre de sa voiture et de revenir avec sa carabine coincée contre l’épaule…

« Je vais chercher papa. » Il ne respire plus très bien. Et la sensation ne le quitte pas avant qu’il ait poussé la porte et foulé le gazon parfaitement entretenu. Les arbres se tiennent sur deux rangées impeccables, taillés avec le même soin que les arbustes et les parterres de fleurs. Pensent-ils que les morts revenus à une simili vie seront sensibles à leurs talents botaniques et choisiront d’esquiver ce petit coin d’Eden ? « Gabriel ? » Des lignes de bégonias guignées avec mépris, les billes de Gabriel montent aux pupilles stupéfaites de son père. Contrairement à ce qu’il imaginait, il s’affairait dans le grand abri du jardin, à rassembler les armes que tout bon texan se doit de détenir dans chaque mètre carré de sa demeure. De ce que le fils peut voir, Samuel Rosario a dépoussiéré son arsenal – une quantité équivalente à celle qu’il a lui-même enfermé dans son coffre, avec seulement vingt ans de retard mécanique et combustible. « Quand es-tu arrivé ? » Il n’attend pas la réponse lorsqu’il l’attire à lui et le serre puissamment dans ses bras. Cette étreinte-là aussi le répugne, mais il l’accepte plus facilement. Il la rend même aux côtes. « Ta mère et moi pensions… » « Je sais. » Il ne veut pas l’entendre deux fois. Il ne supporterait pas de l’entendre une deuxième fois. « Marisa est arrivée avec moi… Viens. » Le sourire, timoré, s’élargit. On aurait dit que la survie d’un de ses rejetons lui plaisait tout en restant entachée de la disparition de l’autre. Samuel Rosario se détend un peu plus, le bras passé autour des épaules de son fils. À le voir, l’apocalypse n’est pas là. À le voir entraîner Gabriel à l’intérieur, l’apocalypse ne tient pas dans ses deux enfants.
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Jeu 2 Fév - 16:34

Poste destiné à un public averti.

De l’extérieur, on ne remarque pas les lumières allumées dans quelques pièces de la maison. D’ailleurs, sans les messages radio qui inondent les ondes et les camions militaires qui tracent sur les routes de tout le pays, on pourrait penser à une soirée normale dans un village normal du fin fond du Texas. La maison des Rosario, au bout d’Ash Street, pourrait aussi bien être abandonnée, personne ne verrait la différence. Gabriel et Marisa ont planqué leurs bagnoles dans le garage du pavillon. Parfois, au loin, résonne le bruit des hélices des hélicoptères de l’armée, le bruit des moteurs qui vrombissent. Le vent porte les échos des bombardements qui pleuvent sur Dallas et l’odeur âcre qui accompagne les bombes. Sans cela, Marisa s’imagine que ça pourrait ressembler au quotidien de n’importe quel foyer. D’ailleurs, c’est un peu l’allure qu’avaient les dernières fêtes qu’elle a passé chez ses parents. Sa mère dans la cuisine, dans son domaine. Son père, dans le salon, dans son fauteuil. Normalement, il regarde la télévision, un programme quelconque. Là, Marisa n’en sait trop rien. Joan serait dans la cuisine avec Eva, à babiller et l’aider et Oona… Marisa ne sait même pas ce que sa nièce ferait pour s’occuper. Elle n’a jamais accordé la moindre attention à la progéniture de son frère. Ce qui est certain, qu’est que Gabe ne serait pas là où elles sont. L’idée lui tire un fin sourire.

Son ancienne chambre est restée identique à son souvenir. C'est la chambre propre et ordonnée de la jeune fille qu'elle était. Sur les murs, quelques photos, principalement d'elle et son frère, quelques-unes de camarades de classe. L’étagère sur le mur porte encore ses livres, certains probablement encore couverts de notes griffonnées au crayon de papier. Cette pièce ressemble à l’image du rôle qu’elle jouait (et joue encore) à la perfection. Des années durant, Marisa s’est coulée dans le personnage de la fille modèle et parfaite que sa mère rêvait, pour masquer la réalité. Cette pièce la révulse. Lisse, fade, impersonnelle. Elle la hait. Elle l’a toujours détestée. Mais Marisa a adoré façonner cette image, la peaufiner, et voir tout le monde tomber sous son charme pour mieux les manipuler. Même ses parents y croyaient, quand gamine, elle leur renvoyait ce sourire charmeur et lumineux, qu’elle riait ou que ses yeux s’emplissaient de larmes feintes. Gabriel est la seule personne qui la connait le mieux, par l’esprit, l’âme et le corps. Le seul pour lequel elle ne se pare pas d’artifice. Elle repose le cadre qui contient une photo d’elle, parfaitement coiffée. Elle doit avoir douze ans sur cette photo. Doucement, elle ferme la porte et remonte le couloir. De la salle de bain s’échappe le bruit de l’eau la douche. Elle n’hésite qu’un instant. Elle est nue quand, à son tour, elle tire la paroi de la douche. Les éclaboussures tièdes lui font frissonner la peau. Ses mains trouvent les épaules de Gabriel, puis son torse tandis qu’elle se colle contre lui. « Salut… » elle murmure, la voix suave. Ses lèvres rencontrent la peau et elle s’amuse de voir l’épiderme frémir au contact de la pulpe de ses lippes et de l’eau qui ruisselle le long du cou, des omoplates, le bassin… Un petit rire lui échappe tandis qu’elle force Gabriel à lui faire face. Elle l’embrasse. Une fois. Deux fois. Trois fois. Dix fois. La bouche quitte la bouche pour trouver la mâchoire, la nuque, les épaules, le torse. Son souffle mal contenu dans la bouche, elle s’agenouille, le regard rivé vers Gabriel. Elle aime Gabriel. Elle aime ce moment. Elle aime le danger. Elle aime de savoir que ses parents se trouvent non loin, qu’ils peuvent les surprendre. Alors elle sourit de plus belle, puis ouvre la bouche.

La tension qui s’est logée en elle quelques instants plus tôt ne l’a pas quittée. Au contraire, elle se loge dans chaque recoin de son corps. Le repas se fait long, épuisant même, alors qu’il faut jouer le jeu d’Eva et Samuel Rosario, prétendre que la situation n’est pas étrange, que le monde ne s’écroule pas. Ils écoutent les babillages de leur mère sans jamais se quitter des yeux. La torture est néanmoins proportionnelle au plaisir qu’elle s’invente, à celui que Gabriel lui fera. Ils ont l’éternité pour s’aimer autant qu’ils le veulent, maintenant. Alors, chaque geste devient une provocation, chaque coup d’œil une tentation atroce. Et il ne faut pas trop sourire, garder le contrôle d’elle, conserver ce masque un peu grave de circonstance (tout fout le camp, c’est la fin du monde, tout de même ! Les morts se relèvent, l’armée bombarde les villes et on tue son voisin pour s’accorder quelques minutes de répit supplémentaire.) A ce petit jeu, l’experte, c’est Marisa. Qui pour deviner les pensées obscènes qui se cachent derrière ce visage impassible. Personne. Sauf Gabriel.
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Jeu 2 Fév - 18:57

Après dîner, Gabriel s’échappe par la porte qui fait la liaison entre le couloir et le garage. Il longe la voiture, une nostalgie dissoute dans le ventre à la vue du siège conducteur, de l’arrière, du coffre verrouillé. Tirant son paquet de cigarette du vide-poches à l’avant, il se hisse sur l’établi paternel et incendie sa clope. Dans les volutes et les profondes expirations, il ne sait pas vraiment pourquoi ils font encore semblant… Parce que l’ancien monde vit toujours. Parce que ses parents se comportent précisément comme s’il vivait toujours. Parce qu’ils ont menti trop longtemps. Parce que Marisa continue de le faire. Son frère sait que ça l’amuse. Lui, au contraire, bout de toute sa rage, la rage d’une existence entière. Ce retour au pays lui a donné le goût du sang. Comme le métal, il s’attache au palais, il lui chavire le crâne et il l’obsède. Si c’est excitant de prendre Marisa sous la douche, comme lorsqu’ils n’étaient encore que des adolescents, il n’a plus envie de se cacher. Ils n’ont peut-être que quelques semaines, ou quelques jours, ensemble. Personne ne sait rien de ce virus, ou quoi que ce soit exactement. Ils sont peut-être déjà morts, et ils passent leurs précieux moments à jouer une mascarade qui a déjà pillé la moitié de leur vie. Ou sa totalité, peut-être. Les pillards ne mettront pas longtemps à venir jusqu’à ces coins reculés. Et, après Dallas, ce sera eux. Cette maison. Leurs parents. Et, d’une façon ou d’une autre, comme une démangeaison, une idée fixe, ou une douleur fantôme, Gabriel refuse que, le moment venu, ses géniteurs respirent encore.

Il est une heure avancée de la nuit quand il rentre. Il a passé peut-être trois ou quatre heures, derrière le volant, à écouter les messages radio-diffusés. Ils ne varient plus tellement. On va tous crever. Il paraît que des zones sûres s’organisent, sans qu’on sache si elles sont tenues par l’armée, la police, les locaux. Le garage est impeccable – l’ordre qui y règne scrupuleusement est même insultant, à la longue. C’est un rempart étrange contre le chaos. Une résistance futile. Le déni de ses parents est remarquable et l’a toujours été. Leur souffle n’en est qu’un peu plus insupportable. Dans le monde qui vient, fût-il éphémère, Eva et Samuel Rosario n’ont pas leur place.

Comme les lumières sont éteintes, Gabriel n’a pas besoin de faire semblant. Il se glisse dans la chambre de sa sœur, le battant huilé qui se ferme sans émettre un seul bruit. Il se débarrasse de son blouson et de sa chemise, les suspend à la chaise. Il n’aime pas cette pièce. Non, en vérité, il la déteste. Ses yeux s’attardent à peine sur les rangées, et les bibelots, et les souvenirs. Chaque fois qu’il rendait visite à ses parents, il s’abstenait méthodiquement d’entrer ici – et c’était d’autant plus facile qu’il n’avait rien à y faire. Contrairement à sa propre chambre (qui a été aménagée de sorte à accueillir Joan et Oona), l’endroit est demeuré intact. Avec ses bons et ses mauvais versants. Quand Marisa est là, le cadre lui est déjà plus supportable. Parce qu’elle est le seul bon versant qu’il connaisse. « Qu’est-ce qu’on fait encore ici ? » La question est plus nuancée qu’elle n’y paraît. Sa sœur est allongée dans le lit, comme s’il fallait s’assoupir après un long dîner dominical et quelque promenade dans l’après-midi. Elle joue la comédie. Et lui ne sait pas le faire, ne veut pas le faire. Comment peut-elle seulement le tolérer ? En d’autres termes, qu’est-ce que sa diablesse de cadette a dans le crâne et qu’il ne devine pas ?
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Jeu 2 Fév - 23:35

« Qu’est-ce qu’on fait encore ici ? » Marisa ne répond pas immédiatement. Elle se contente de se retourner, d’allumer la lampe de chevet et de faire une place sur le matelas pour que Gabe l’y rejoint. Presque automatiquement, elle se love contre lui, cherche à sa source la chaleur de son corps. En réalité, elle n’a pas vraiment de réponse à lui fournir. Marisa n’a qu’une affection de façade pour ses parents, n’éprouve aucun attachement aux quatre murs de cette maison. Maintenant que Gabriel a de nouveau une place centrale dans sa vie, peut lui importe de décider de quoi sera fait l’après. Alors, oui, pourquoi rester ? Si elle y réfléchit, Marisa dirait que c’est pour profiter de Gabriel, de pouvoir passer du temps avec lui sans se soucier du lendemain. Rattraper le temps perdu, peut-être ? Prendre le temps ne de pas réfléchir à demain, dans ce monde qui s’effondre. C’est son monde à elle qui se pare de couleurs chatoyantes à la simple pensée qu’elle se tient tout contre Gabriel, que c’est son souffle qu’elle sent contre elle, que c’est son cœur qu’elle entend palpiter derrière les côtes, que c’est son corps qu’elle touche sous ses doigts. Et l’avenir se fait lumineux quand elle s’imagine le jour suivant, et celui d’après encore, et tous ceux à venir sur ce même modèle. Elle décide de ne pas répondre à son frère dans l’immédiat. A la place, elle se redresse, chercher son frère, accroche ses iris aux iris. « Maman n’a pas demandé, elle n’a pas osé. Et tu n’as rien dit. Elles sont où ? » Marisa se doute de la réponse, elle a même deviné, mais elle veut que Gabriel raconte. Elle veut s’imaginer en entendant la voix de Gabriel couler dans ses tympans. Marisa sait qu’elle aimera entendre cette histoire, encore, toujours. « Je ne sais pas, elle finit par répondre honnêtement. Je voulais… Je voulais prendre du temps avec toi. Et profiter, sans réfléchir à rien. C’était long, sans toi, tout ce temps. Mais on peut… On peut faire ce qu’on veut, j’imagine. J’ai quelques idées, elle rit doucement en adressant un sourire malicieux à Gabriel. Elles te plairont beaucoup. »  L'émotion qui la tient depuis qu'elle a retrouvé Gabriel lui donne une fabuleuse impression de légèreté et de volupté. Tout est possible. Tout leur est possible, désormais. « Je voulais me souvenir de tout, avant qu’on parte. De tout ça… de nous. C’est débile, hein ? » Elle marque un autre temps de pause, puis reprend. « Ici, y’a assez à bouffer pour nous deux pour des mois, je pense. On a deux voitures, y’a celle de papa et maman, on pourrait récupérer l’essence. Je suis sûre qu’on trouvera des trucs sur le chemin. Tout en parlant, elle se dirige vers l’une des étagères murales et attrape un vieil atlas qu’elle étale devant eux. On peut aller n’importe où, faire ce qu’on veut. C’est notre chance ! » Son esprit s’emballe, s’invente ce futur chatoyant où il n’y qu’eux. Mais le ton change, devient brutalement plus sérieux. « Ils s’en sortiront pas, hein ? »
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Ven 3 Fév - 0:40

Allongé sur le dos, le souffle de Marisa arrose sa tempe. Elle ne lui répond pas, ou alors pas tout de suite. Et Gabriel n’est pas satisfait de ce silence, qui le fait vivre entre ces murs, une nuit, une minute de plus. S’il aime sentir sa sœur, la chaleur de sa sœur, son humeur est plus tiède. L’impression qu’on lui gâche son bonheur s’accroche à ses pensées et les font vriller inlassablement. Il ne veut rien réclamer à Marisa, ni l’obliger ni la brusquer. Il aime bien trop profiter d’elle. C’est seulement que tout serait différent si le sort de leurs parents étaient égal à celui d’Oona et Joan. Et il frémit quand il croit qu’elle sonde et devine les profondeurs de son esprit. Plus haute que lui, il est forcé de la voir et ne détournerait jamais le regard de traits si bien achevés. Mais il ne répond pas. Ses pupilles figées, rétractées, il sent l’excitation de sa cadette et ses lèvres demeurent cependant closes. Irrémédiablement closes. Il ne sait d’ailleurs pas pourquoi. Où qu’il se scrute, il ne ressent ni remord ni culpabilité. En fait, ça semble curieusement lointain. Après les jours qu’il a passés à attendre Marisa ici, tout près de la demeure familiale, et toutes les autres qu’il lui a fallu pour y parvenir le premier, il ne touche plus tellement ce souvenir. Quelque part, elles ont cessé d’exister. Et si leur mère n’a rien demandé, c’est certainement qu’elle a imaginé le deuil. Non pas que son fils est un meurtrier, l’infanticide ne lui pénètrerait jamais le crâne.  Ou il les a laissées ou il les a perdues. Marisa est nettement plus amorale, et il ne se sent pas l’envie de contenter ses appétits morbides. Elle a toujours été jalouse de Joan, et il ne lui en veut jamais pour ça. Pour toute cette comédie, en revanche, Gabriel n’est pas aussi peu rancunier.

Pendant que le visage de Marisa s’éclaire, son frère reste flegmatique. Il est encore plus frustré, et assombri, qu’elle ne projette rien de particulier. Ou tellement de choses qu’il leur faudrait des semaines pour les ordonner, en faire des préférences, une hiérarchie, et combien de temps encore pour toutes les accomplir ? Marisa est très belle, et très pragmatique. Elle a l’intelligence froide, l’esprit monstrueuse, incroyablement égoïste et sublime. Gabriel est amoureux d’elle. Depuis toujours et pour toujours.

« Je suis sûre qu’on trouvera des trucs sur le chemin.
- Sur le chemin pour où ?
- On peut aller n’importe où, faire ce qu’on veut. »

Il tasse l’oreiller contre le mur et il darde un regard contemplatif sur elle. Quand il inspecte ses soifs et ses curiosités, Gabriel n’a envie de se rendre nulle part. Et il ne veut rien faire qu’être avec elle. Bien sûr, il la suivrait au bout des États-Unis, du monde, même. Il ferait n’importe quoi, pourvu qu’ils ne troquent pas leur temps, ne négocient pas leur passion et n’aient plus jamais à mentir, à feindre, à jouer. La seule chose dont il veuille jouer, c’est de sa peau, et de son corps, et de ses cuisses. Alors, quand Marisa le demande enfin, même à demi, même soudainement, son frère dit posément : « Non. » Ils ne comptent pas du tout. Ils ne servent à rien. Ils n’ont jamais eu d’autre fonction que d’être la morale, l’interdit, le tabou. Ce serait rendre la justice, et Gabriel refuse de mentir à sa cadette. « Ils s’en sortiront pas. » Depuis qu’il est entré dans cette maison, il a imaginé treize façons d’en finir. La plupart d’entre elles étaient efficaces, mais salissantes. Efficaces, c’est tout ce qu’il voit. « Je le ferai, si tu préfères. » Il ne sait pas bien quelle partie d’elle il espère épargner. Celle qui est sincèrement attachée à leurs parents, si mince soit-elle ? Gabriel se fait assez peu d’illusions, mais il n’aura pas plus de mal à accomplir le délicat rituel qu’avec sa femme et sa fille, pas plus de scrupule qu’à noyer des insectes dans leur sang.
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MessageSujet: Re: 23.11.2010.   Dim 5 Fév - 2:51

La réponse de Gabriel ne remue rien en Marisa. Ça la laisse parfaitement indifférente de savoir que ses parents vont mourir -car ils vont trépasser, le ton de Gabriel ne laisse planer aucun doute. De savoir que Gabriel est prêt à les tuer. De savoir qu’ils en parlent avec un détachement hors du commun. Qu’elle pourrait commettre sans sourciller le parricide. « Non, elle fait alors, plus calme. On est deux, maintenant. » Le sérieux sur le visage, Marisa observe son frère affalé sur le lit. Les billes retracent les courbes du visage. Elle ne parvient pas à déchiffrer l’ombre qui plane sur le visage de Gabriel. Elle le sent serein et calme et détaché là où elle n’est qu’affolement et excitation de leurs retrouvailles, de savoir qu’elle joue pour la dernière fois la comédie, de savoir que peu importe ce que réserve le futur, ils seront à deux. Ensemble. Comme cela aurait dû être le cas bien avant, avant cette mascarade de mariage, avant que la moralité ne les rattrape pour les séparer. Tout son corps vibre en même temps que son esprit s’agite et s’imagine déjà mille scénarios. Marisa a déjà oublié leur morbide conversation, elle veut déjà voir plus loin. C’est là le don de Marisa, tordre la réalité pour la conformer à ses souhaits et ses envies. Le monde n’a qu’à plier devant elle. Elle en oublie même qu’elle a été vexée, l’espace d’un instant, que Gabriel refuse de lui narrer le récit de la fin de vie de Joan et Oona. Peut-être qu’il réserve ce conte pour plus tard. Elle s’en fiche.

« Qu’est-ce que veux, toi ? » elle demande finalement, agenouillée sur le sol, le bras sur le matelas et le regard qui dévore le visage de Gabriel. Chaque ombre, chaque courbe lui rappelle qu’elle l’aime plus que tout. Marisa voudrait que la joie qu’elle éprouve à cet instant ne disparaisse jamais. Elle voudrait pouvoir jouir de cette félicité tous les jours qu’il leur reste à vivre. Elle savoure l’idée qui s’installe en elle comme une certitude : rien de pourra jamais plus les séparer. Ni conventions, ni normes, ni morale. Elle s’imagine qu’ils ont l’éternité devant eux, d’innombrables jours à n’être que tous les deux pour s’aimer, pour s’efforcer de rattraper tout ce temps gâché et perdu qu’a duré leur séparation. Son visage s’éclaire d’un sourire tandis qu’elle tend la main et retrace le visage de Gabriel sous ses doigts. « Je t’aime ». Jamais elle ne se lassera de le lui répéter à l’infini en toute liberté. Alors, enfin, Marisa entrevoit les humeurs de Gabriel et son empressement à tourner la page. Bientôt, Marisa le partage.

La maison est plongée dans un lourd silence et une obscurité la plus totale. Ca ne les dérange pas pour se déplacer, ils connaissent par cœur chaque marche, chaque latte de parquet qui grince, chaque murs. Malgré le temps qui a passé, ils savent encore se déplacer sans faire aucun bruit. Au rez-de-chaussée, ils se dirigent vers le salon. Samuel Rosario a rentré son arsenal plus tôt dans la soirée et il n’a pas encore fini de le ranger. Ils n’ont que l’embarras du choix parmi l’attirail varié de leur père. Marisa hésite un instant : elle est résolue à mener leur projet à son terme, mais elle n’a jamais manié d’armes auparavant. Tacitement, elle confie ces choix là à son frère. Il sait, ces choses-là bien mieux qu’elle. Elle sait aussi, elle le devine plus exactement, combien le meurtre de leurs parents sera plus libérateur pour lui que pour elle. Marisa pourrait jouer la comédie éternellement… « Je te suis. »

Installés sur la petite terrasse en ciment, une tasse de café fume devant eux. Plongé dans le silence, côte à côte, et main dans la main, les deux Roario contemple le lever du soleil. Quelques oiseaux chantent ici et là. Les vrombissements des moteurs ont cessé en même temps que le sang tâchait les murs de la chambre parentale. Gabriel avait raison, il fallait le faire. La paix qui envahit Maria à cet instant est inestimable. Elle peut, enfin, aimer Gabriel. Librement. Sereinement.
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