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 Troubled on every side

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MessageSujet: Troubled on every side   Sam 22 Avr - 21:07



Troubled on every side
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Il était parti. Sans rien lui dire, sans même lui laisser de note. Et elle n'avait même pas remarqué, elle n'avait même pas vu les indices, pas aperçu la cruelle absence de ses affaires et la disparition de son odeur. Il était parti comme ça, dans son dos, profitant des devoirs de la recruteuse pour s'éclipser discrètement. Il avait pris ses cliques et ses claques après une énième dispute fraternelle stupide et il avait tracé sa route sans même penser à elle. Il ne lui avait même pas laissé une chance de l'en dissuader, de l'aider à surmonter ça comme à chaque fois qu'il déraillait un peu et qu'elle le remettait sur le bon chemin.

La recruteuse était assise en tailleur sur le lit de camp dans le bureau du vétérinaire, persuadée que personne ne viendrait la chercher ici maintenant que Caden avait quitté le ranch. Abandonnée au silence de temps à autre ébranlé par les renâclements des chevaux, Malini se retournait l'estomac avec de la gnôle négociée durement à la Carrière.
Il y a longtemps qu'elle n'avait pas bu jusqu'à se rendre saoule, d'ordinaire trop préoccupée par ses nombreuses responsabilités. Mais pour cette nuit, elle avait laissé tomber le masque de la recruteuse ainsi que celui de la mère de substitution, ils pouvaient tous aller se faire foutre ce soir. Ne demeurait que la femme abandonnée, pleine de fureur. Et comme on le sait bien, l'enfer n'a de fureur qui égale celle d'une femme dédaignée.

Elle devait bien l'admettre, ça faisait bien plus mal que ce à quoi elle s'attendait. Et pourtant, Malini était habituée à la douleur, oh ça oui. Mais cette sensation d'avoir été frappée en plein estomac et de tituber sans repère était assez inattendue et aussi, elle était nouvelle. Et à cela s'ajoutait cette colère sourde qui montait tout doucement et attendait le bon moment pour déborder et la noyer complètement. Quel enfoiré ingrat. Quel salaud sans scrupule. N'avait-elle pas tout fait pour lui ? Elle l'avait ramassé alors qu'il était plus bas que terre et elle l'avait remis sur pied. Elle lui avait cédé son temps, sa patience, son affection et par dessus tout, sa confiance. Chaque jour, elle lui avait dévoilé une part d'elle-même au point de se rendre vulnérable devant lui. Elle avait bien fait quand même de se contrôler et de se retenir de tomber amoureuse de lui, parce que la chute aurait été bien plus vertigineuse et l'atterrissage beaucoup plus brutal. Mais on ne passe pas un an et demi avec un homme sans développer au moins des sentiments pour lui. Sentiments qu'il avait piétinés sans aucun égard.
Mais Malini avait un plan. Un plan qui allait exploser à la gueule de Caden et lui faire regretter d'avoir mis un orteil en dehors du ranch. Ce n'était rien de vraiment élaboré, juste les sempiternelles envies de vengeances d'une femme pompette qu'on vient de larguer. Elle prévoyait simplement de le retrouver et de le passer à tabac et de lui cracher toute sa colère au visage et ensuite elle l'enfoncerait comme jamais personne ne l'avait enfoncé jusque-là. Elle lui dirait exactement tout ce qu'il avait peur d'entendre, qu'il n'était pas digne d'elle comme il n'avait pas été digne de Cirilla et qu'il était juste un pauvre type capricieux qui serait toujours tourmenté par son syndrome du vilain petit canard. Et enfin elle lui dirait pour Chloë, elle lui dirait qu'elle prendrait bien le temps de raconter à sa fille à quel point son père était un raté qui avait abandonné chaque fois que ça devenait compliqué dans sa vie. Oui, elle ferait tout ça une fois qu'elle aurait fini cette bouteille, fait un coma éthylique dans les règles et qu'elle aurait ensuite fait le deuil de cette relation convenablement.

Excédée, elle pousse un cri de rage qui lui permet d'évacuer ce sentiment d'impuissance et de faiblesse. Mais ce dernier excès attire vers elle l'attention d'un autre vagabond de l'écurie. Dans l'encadrement de la porte se dresse une silhouette qui la pousse à se redresser. Elle lève la bouteille vers Beckett avant d'en avaler une autre gorgée. "Hey. T'es venu voir le spectacle, hein ?" Son ton n'a rien d'agressif mais plutôt quelque chose de résigné, tout comme le sourire qu'elle lui adresse finalement. "On partage ? C'est pas si drôle que ça de boire toute seule." Comme pour l'inciter à la rejoindre, elle se décale légèrement du lit de camp et désigne la place à côté d'elle.
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Mar 9 Mai - 3:28

Beckett & Malini
« Troubled on every side

Les écuries étaient désertes pendant la nuit – pas un bruit, à peine un bruissement de paille trahissant la présence de quelques chevaux couchés dans celle-ci, se reposant de journées à galoper dans les terres désolées du Texas, pas un fou ne serait venu déranger leurs rêves d’ailleurs – pourtant Beckett  était là, accoudé à la porte d’une jument qui le regardait sans un bruit, un de ses antérieurs entouré d’un bandage qui la prenait jusqu’au pied. Il la regardait comme s’il attendait qu’elle lui dise quelque chose, qu’elle murmure une formule magique pour illustrer ses maux, le rassurer sur les soins qu’il lui avait prodigué, ne serait-ce qu’un hennissement pour percer la nuit et témoigner de sa vigueur. Au lieu de cela, elle posait la patte quelques instants, laissait ses oreilles jouer dans l’air alors qu’à l’intérieur de son être, bien loin de la compréhension de Beckett, elle devait ressentir une marqueterie de sensations désagréables qui lui imposaient de ramener sa patte blessée loin du sol quelques instants plus tard, avant de recommencer, fatiguée, son manège. Il la regardait, impuissant , finirait-elle par se coucher et se reposer s’il partait pour la laisser seule, ou trouverait-il demain matin une jument morte, d’épuisement ou d’infection, il ne saurait le dire, le doute le tiraillait. Caden était parti, plus longtemps que d’habitude, si bien que le pauvre maréchal avait prit l’initiative fortuite de s’occuper lui-même des quelques banalités du vétérinaire lors de son inspection quotidienne des sabots – ses maigres connaissances avaient vites été mises à l’épreuve à la première déconvenue. Un boitement, une plaie ouverte sur un tendon malmené, et lui, à l’aide de broutilles trouvées ci et là, s’était contenté d’un peu de pommade douteuse et vieilles compresses avant de bander le tout, puis, soucieux, était resté à observer la bête, encore, jusqu’à ce que la nuit ne tombe. Jusqu’à ce que dans les yeux d’ombres de la jument se joue une autre scène, loin d’ici, le chemin vers son âme comme un miroir à celle de Beckett. De son inquiétude silencieuse pour l’équidé son esprit avait vagabondé ailleurs, bien trop loin, vers la ville où les cheveux d’or n’avait plus besoin de lui, et zésig, incapable de soigner un cheval, se trouvait inutile à soupirer les deux coudes posés sur la porte d’une stalle, si muet qu’il en aurait oublié sa propre présence dans les lieux.

Ce fut un cri qui le ramena à lui-même – pas de détresse, ni d’appel à l’aide, une émanation de l’être et de son impuissance, une primalité, la voix sortie non plus de la gorge mais de la cage thoracique. Il se croyait seul, mais, à bien y voir, un raie de lumière s’échappait de sous la porte du bureau de Caden qu’il croyait désert depuis des jours, là où semblait s’être réfugié un animal blessé venu cicatriser en paix. Mais Beckett aussi avait besoin de guérir, il pouvait encore sentir de la blessure infligée par Eleanor échapper du liquide chaud – celui de son sang à travers son corps troué par le rejet, l’incompréhension, autant de choses qu’il ne comprenait pas ressentir pour la petite princesse qui s’était échappée du trône qu’il lui avait construit, ici, au ranch. Il aurait voulu que tout soit simple, bien plus simple, il aurait voulu faire taire les frissons dans son cou en pensant à elle, mais au lieu de ça il répondit au cri en poussant la porte du bureau de Caden, parce qu’il savait, sans se l’avouer, qu’il aurait pu le laisser s’échapper de ses poumons, parce qu’il pensait que dans ce bureau, il allait trouver une âme qui se languissait d’avoir aussi froid que lui, et qui peut-être saurait comment sortir de cette léthargie. Mais non, sur le lit de camp, ce fut Malini qui l’accueillit, bouteille d’alcool à la main et larmes aux bords des yeux, c’était la recruteuse qui avait perdu de sa droiture en s’affalant contre le mur et dont les yeux n’avaient plus cette étincelle d’assurance ni de force – ils étaient éteints, sans doute brouillés par l’alcool qu’elle avait dû boire – et lui, les pieds plantés dans le sol, ne pensait même pas à s’enfuir. « Je suis venu voir pourquoi tu cries. » Il ne voulait assister à aucun spectacle, encore moins celui de la déchéance d’une des seules personnes ici qu’il pouvait se targuer connaître et apprécier, pourtant ses yeux posés sur son corps qu’on aurait dit détruit ne la quittèrent pas alors qu’il refermait la porte derrière lui, conscient que personne d’autre n’avait le droit de voir ça, que personne passant dans le coin ne pouvait l’apercevoir dans cet état et aller le crier dans les baraquements comme la dernière nouvelle à savoir. Elle ne méritait pas ça, Malini, et elle ne méritait pas non plus de pleurer sur Caden et sa disparition soudaine, alors, discrètement, comme s’il avait peur de la faire fuir, Beckett vint s’asseoir à côté d’elle, lui obéissant, prenant la bouteille de sa main pour en boire une gorgée avant de laisser le silence s’installer entre eux. « C’est dégueulasse. J’espère que tu t’es pas ruinée pour cette merde. » Il laissait ses yeux observer l’intérieur de la salle, dénuée de presque tout et pourtant encore habitée de son ancien propriétaire, comme si Caden avait tout prit sans rien emmener. « J’en ai de la meilleure, si tu veux, fabrication maison. On aurait moins mal à la tête demain. » Parce que la première gorgée qui lui brûlait encore la gorge n’était déjà plus assez pour lui, qu’il avait besoin du courage que pouvait procurer la gnôle pour réussir à trouver les mots pour Malini, pour ne pas s’écrouler lui aussi à pleurer sur une gamine qui ne voulait plus de lui après qu’il ait tant fait pour elle. « Il était pas assez bien pour toi, Caden, de toute façon. S’il ose revenir sans s’excuser de t’avoir fait du mal, je lui fout une droite. Deux même. » Tant pis s’il se foutait dans de mauvais draps à agresser le petit Rhodes, de voir Malini sourire était tout ce qui l’importait à ce moment précis, alors qu’il buvait une nouvelle gorgée de cette boisson infâme avant de tendre la bouteille à sa propriétaire. « Allez, j’en ai marre de voir les filles pleurer, dis tout ce qui te tracasse et après sèche tes larmes. Il en vaux pas la peine. »  
 
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Dim 28 Mai - 23:08



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Un pâle sourire étire ses lèvres. Quelques formules de réconfort et de l'alcool, c'est peut-être bien ce qu'il lui faut. Et un peu de compagnie. De la compagnie d'une des rares âmes à la dérive capable de sortir la recruteuse de sa torpeur émotionnelle. Beckett. Il est loin de ressembler aux péquenauds colériques à l'accent texan qui peuplent le ranch, lui il a de la bouteille et une vie entière derrière lui, pleine d'anecdotes fascinantes qu'il faut entendre. Les liens se sont tissés assez naturellement entre eux, fait assez étrange pour la recruteuse. Tous les autres, elle les tolère, mais Beckett fait partie des quelques exceptions, il fait partie de ces gens qu'on apprécie envers et contre tout, même quand les temps apocalyptiques obligent à garder peu de relations pour s'éviter trop de pertes.
Alors elle le laisse s'approcher, entrer dans le bureau de Caden devenu un sanctuaire de lamentations. Personne d'autre n'aurait eu le droit de s'aventurer plus loin, peut-être même n'en auraient-ils pas eu le courage. Malini, elle est pas facile à approcher, quand parfois elle erre au milieu du campement à ne pas savoir quoi faire, fantôme d'elle-même, pressée de retourner en recrutement, pressée de retrouver la solitude qui lui sert de chemin de croix. N'importe quel autre passant aurait laissé ce cri de désespoir sans réponse et aurait filé pour ne pas se laisser attraper dans le cercle vicieux de la recruteuse. Ils auraient trop peur de passer les portes de l'intimité de Malini, comme s'ils s'apprêtaient à pousser les portes de l'Enfer.

"On peut boire les deux, ça nous fera la soirée vu tout ce qu'il y a à exorciser." Elle lui reprend la bouteille des mains, déterminée à se mettre la tête à l'envers, à lâcher prise complètement pour s'abandonner à tout ce qui lui ronge d'ordinaire l'intérieur. Elle laisse son dos aller contre le mur derrière elle, le regard fixé dans le vide, à contempler quelque chose qui n'existe pas vraiment. "J'espère que même s'il s'excuse, on lui pètera la gueule." Elle insiste bien sur le on, parce qu'elle a son poing à mettre quelque part dans cette histoire et elle a décidé que ce serait sur le beau visage du cadet des Rhodes.
Elle pousse un soupir, se prépare à la confession qui met tant de temps à franchir ses lèvres depuis la défection de Caden. Les doigts crispés autour de la bouteille, le rictus qu'elle arborait disparaît pour laisser place à une expression aussi réelle que triste. "Ça fait mal. J'm'y attendais pas, mais ça fait mal." Qui l'aurait cru ? Plus personne ne mettait de pari sur les sentiments de Malini, elle avait toujours l'air absorbée par son propre vide intérieur, laissant sur son visage un air impassible, désabusé ou méprisant qui lui avait valu une étiquette de "femme froide". On ne s'attendait plus à ce qu'elle ressente, à ce qu'elle pleure, et nombreux seraient surpris d'apprendre que ça arrive bien plus souvent qu'il n'y paraît. Certes elle a l'air souvent d'une forteresse imprenable, d'une figure lointaine qu'on voit passer sans connaître, qui file. Pour certains, elle tient plus d'une apparition insaisissable, mystique, qui lui vaut parfois une attention qu'elle trouve ridicule. Les gens veulent décoder ce qu'ils ne comprennent pas, mais dès qu'ils s'approchent de trop près, ils prennent peur, ne veulent plus voir danser la lueur instable au fond de son regard sombre. Mais derrière cette image, il y a tout simplement une femme qui a tout perdu il y a bien longtemps et qui trouve du réconfort comme elle peut dans les derniers instants de l'humanité.

"J'ai tout fait pour le remettre sur pied, pour qu'il se sente bien et pour que ça marche. Il a même pas réfléchi à ça, en cinq minutes, il a tout foutu en l'air. Il tiendrait plus debout si je l'avais pas ramassé. Mais ça, il l'a balayé en deux deux. J'ai l'impression d'avoir perdu mon temps. Putain, ça craint de pleurer pour un type. Le monde est tombé en lambeaux et on trouve encore le moyen de pleurer après des ruptures." Pour faire passer le noeud qui se forme dans sa gorge, elle prend une autre gorgée, préfère noyer les sentiments plutôt que les laisser la submerger. Malini, elle veut littéralement être un bateau ivre et flotter au-dessus de son chagrin grâce à l'alcool. "Je compte partir à sa recherche, et si je le trouve, je vais lui faire regretter d'être parti." Un moment de silence accueille sa résolution. "Tu trouves que c'est minable comme idée ?" Soupir encore. La bouteille est tendue vers lui, signe que c'est à son tour d'étaler ses problèmes. "T'as des tracas à partager ou je vais être en thérapie alcoolisée toute seule ?"  
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Ven 9 Juin - 23:34

Beckett & Malini
« Troubled on every side

Malini n’attendit pas sa bonne charité pour lui reprendre la bouteille des mains et à peine celle-ci retournée à sa propriétaire manquait-elle déjà à Beckett. « On peut boire les deux ouais. » Il espérait même qu’il en apparaisse une troisième, comme par magie, pour finir de combler ce que les autres n’arriveraient pas à remplir. Il avait besoin de poison plus que d’alcool, mais les bouteilles négociées à la carrière autant que les mélanges incertains qu’il fabriquait dans son baraquement avaient plus de chance que les tuer que de leur donner une innocente cirrhose du foi. C’était des sentiments bizarres qu’il ressentait là, amplifiés par la solitude de l’après-monde et la folie qui habitait les survivants. Malini se laissait aller dans une position confortable mais lui, toujours stoïque, toujours à mettre des distances avec les autres, restait aussi droit qu’il le pouvait avec son dos courbée, comme si cette gorgée n’avait pas été assez pour qu’il se laisse complètement aller, Malini, elle, n’arrivait plus à contenir sa colère, la laissait franchir ses lèvres par des fantasmes de vengeance. « Je le tiendrais pour pas qu’il s’échappe si tu veux. » Le benêt Beckett toujours prêt à offrir ses mains car c’était la seule chose qu’il savait utiliser, mais l’idée de contenir le fuyard pour que Malini le roue de coup lui procurait un certain réconfort, même si cela ne l’aidera pas à se sentir mieux quand il regagnerait son lit. Puis, enfin, quand il n’y a plus de barrière à faire tomber, elle chassa le silence qui s’était installé dans la pièce de sa tristesse, des résultats de sa contemplation intérieure. Ça fait mal. Lui aussi il avait mal. Est-ce qu’il devrait ? Il s’était passé des choses entre Malini et Caden, de vraies choses, quand lui et Elanor s’étaient contentés de survivre ensemble, mais juste parce que le destin les avait mis sur le même chemin, de se blottir l’un contre l’autre les nuits d’hivers pour juste s’endormir. Ça ne lui avait jamais traversé l’esprit, de vouloir plus de la gamine, juste sa présence avait été suffisante pour chercher l’espoir d’une vie vivable malgré les rôdeurs, pourtant chaque mot qui sortaient de la bouche de Malini, il lui semblait qu’il aurait pu les dire, qu’il sortait de sa propre gorge, si ce n’était pour la violence qu’elle avait envie d’infliger à Caden. Beckett aussi avait mal, Beckett aussi ressentait de la colère, mais surtout de la résignation, pas assez de volonté pour tenter de se battre pour lui-même. Juste une envie de s’allonger et de regarder le ciel noir de la nuit en attendant que quelque chose d’autre se passe, laisser couler quelques larmes s’il en était encore capable. « Non c’est pas minable. S’il t’a fait mal t’as le droit de le faire souffrir en retour. C’est pas comme si on avait d’autres choses à faire. » Il n’y avait plus vraiment moyen de se venger maintenant que la vie se résumait à survivre. Plus moyen de devenir riche à millions et de narguer une ex-copine avec des belles voitures et des jolies filles aux seins gonflés de plastique. Avant, c’était une option, certes inatteignable pour Beckett, mais s’en était une, maintenant, il n’avait aucune raison de faire regretter à Elanor de ne pas l’avoir suivi maintenant qu’elle avait trouvé une nouvelle protection au sein d’Olympia. Il était redevenu inutile. « Non, j’ai des trucs à raconter aussi. » dit-il en attrapant la bouteille, la portant à ses lèvres pour en prendre une gorgée, déglutir de la sensation de brûlure. Ça aurait pu être drôle, pour quelqu’un passant par là, d’assister à cette scène, les deux robots sans émotions du ranch, ceux qui obéissent aux ordres sans rechigner, ceux qui ne parlent jamais d’eux et se contente de monosyllabes quand on leur adresse la parole, tout les deux sur ce lit de camp à boire pour oublier, à  se confesser de ce que le monde ne leur pensait plus capable. « Je me suis fait jeter aussi. » Il regardait le mur en face de lui, prenant une deuxième gorgée pour se donner le courage de s’expliquer, de montrer à quel point il avait pu être naïf en pensant que son plan mal ficelé aurait pu marcher. « Je suis arrivé l’air de rien après quoi, un an ? Deux ? » Ca faisait bien trop longtemps qu’il avait perdu la notion des jours passants pour se rendre compte du temps qu’il avait passé séparé d’elle. « Et je lui ai demandé de partir avec moi, loin d’ici, de toutes les merdes. Je m’étais imaginé une petite baraque près de l’océan, un endroit assez arrosé pour faire pousser des trucs sympa, de quoi se mettre bien. On a survécu sur la route de New-York à ici, on aurait pu repartir un peu plus loin sans problème. Mais bon, faut croire que la vie à Olympia est meilleure que celle qu’on a pu avoir. » Il prit une troisième gorgée, pour chasser l’amertume de l’échec qui commençait à envahir son palais, comme s’il venait de revivre le rejet une nouvelle fois. « J’veux dire, on était même pas ensemble ni rien, il s’est jamais rien passé entre nous. Peut-être il se passera jamais rien, mais à deux on était mieux, ça m’allait mieux que d’être entouré des tarés du coin. » Il commençait à regretter ses choix prit sans jamais penser au lendemain, quand il pensait naïvement qu’un toit sur la tête et un repas chaud était tout ce dont il avait besoin pour finir sa vie, à s’en vouloir de ne s’être jamais demandé pourquoi Elanor avait eu besoin de plus en partant d’ici. Il retentit la bouteille à Malini, parce que, même s’il avait ouvert sa cage thoracique pour laisser apercevoir son cœur sanglotant, il ne trouvait rien d’autre à dire, pas bavard pour trois gorgées d’alcool. « Pourquoi Caden ? » La question lui avait échappé, parce qu’il ne voulait plus parler, mais aussi parce qu’il se demandait bien ce qu’elle avait pu lui trouver, à Caden, ou si c’était juste parce qu’il était là, et moins crade que les autres.
 
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Mer 14 Juin - 0:32



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Voilà bien une scène à laquelle personne ne s'attendait, les mystérieux marginaux du ranch qui brisent le tabou de leurs sentiments pour se livrer à la vérité nue. C'est troublant. Pour elle. Probablement pour lui aussi. Ils enlèvent une à une les couches de protection résultant d'années d'errance pour apparaître à découvert. Vulnérable : qui est exposé à recevoir des blessures, des coups. C'est comme ça qu'elle se sent, exposée au monde entier malgré sa retraite dans les écuries normalement désertes. Il leur suffirait d'un rien pour qu'elle craque à cet instant. Le vernis craquèle bien trop vite à son goût et elle s'en mord les lèvres. Même si c'est Beckett, elle se sent stupide de se montrer si facilement au grand jour.
Mais il la rassure, lui dit que ses doutes et ses envies de vengeance ne sont pas minables. Ça arrache un sourire à la recruteuse, un sourire résigné, parce que même s'il semble sincère, elle a dû mal à le croire. Mais au moins, elle est d'accord avec le principe : un coup, ça se rend. Caden ne l'a peut-être pas attaquée directement, mais elle en a quand même souffert et elle se doit de lui rendre et de le faire au centuple.

La bouteille tendue à Beckett disparaît vite de ses mains et aussitôt, le cavalier confesse, comme si cette bouteille était un totem de vérité qu'ils devaient tous les deux honorer. Est-ce que c'est la situation qui les poussent à se livrer ainsi ou est-ce l'alcool qui commence déjà ses ravages ? Malini ne se sent pas saoule, mais elle sait que ça ne devrait pas tarder. L'alcool tape fort et elle le descend beaucoup trop vite à son goût. Soupir. Les yeux fixés au plafond, elle fait le vide dans son esprit pour accueillir les paroles de son compagnon de fortune au mieux. Alors comme ça il s'était fait jeter lui aussi ? Pas étonnant qu'il se soit précipité sur la bouteille. Il comprenait. Et elle comprenait aussi. "Une petite baraque près de l'océan. Ça sonne bien. Ça donne envie." On ne lui a jamais proposé de baraque près de l'océan. On ne lui a jamais proposé d'aventure même. Dire qu'elle n'avait jamais eu de chance en amour, c'était être bien loin du compte. Finalement l'abandon de Caden, ce n'était qu'un de plus sur la longue liste des déceptions causées par les hommes.
"Pas besoin qu'il se soit passé quelque avec elle pour vraiment ressentir quelque chose..." Quelques mots qui s'impriment à l'arrière de son crâne et qui l'amènent à penser à Bass. Encore Bass. Toujours Bass. Tous les chemins mènent à Bass, c'est juste qu'elle préfère les ignorer tant qu'elle le peut. "Je pense pas que ce soit terminé. Je suis même sûre que ça la travaille..." Elle tente de concentrer ses pensées sur Elanor, qui est évidemment le sujet de la discussion même sans être nommée. Malini, ça ne l'étonne pas que la blonde ait dit non, qu'elle ait préféré le confort d'Olympia et la "sécurité" que la ville apportait. "Elle a encore besoin de temps pour comprendre comment elle peut mêler sa vie à Olympia et mêler sa vie avec toi. Une fois qu'elle aura trouvé la solution..." Elle laisse délibérément les mots en suspens. La recruteuse ne peut pas promettre que la jeune blonde allait revenir vers Beckett, mais son intuition la poussait à y croire.

Et après les confessions, le silence. Le silence les enveloppe et les laisse mariner dans leurs réflexions, dans leur attente des premiers effets de l'alcool. Quand le cavalier lui tend à nouveau la bouteille, elle sent que c'est à son tour de cracher à nouveau. Une fois le totem de vérité en main, il délivre sa question qui arrache une exclamation amusée à la brune. Pourquoi Caden ?
"Honnêtement, j'aurai pas parié sur lui non plus." Un sourire franc vient étirer ses lèvres alors qu'elle se lance sur les chemins de réminiscence à la recherche de souvenirs. De bons souvenirs. "Ça a simplement commencé par quelques blagues, quand il sortait du bureau d'Abel et que je devais y aller ou l'inverse, et qu'on se donnait des idées de la température de la pièce. Ensuite les blagues ont commencé à l'extérieur et sont devenues des anecdotes. Parfois, je traînais près de l'écurie juste pour le voir, pour qu'on se raconte des histoires sans importance. On avait tous les deux besoins d'échapper à quelque chose. Ensuite il a rompu avec Cirilla... Et j'étais là. J'ai tout épongé. Je l'ai ramassé, parfois littéralement et petit à petit, je l'ai poussé à se reconstruire. On a fait ça ensemble, pas après pas. On est devenus très proches durant cette période. En tout bien tout honneur bien sûr. Je lui ai tout raconté de ma vie et il m'a tout raconté de la sienne et on était tellement seuls... Mais on l'était à deux." Elle noie tout sous une rasade d'alcool, jusqu'à ce qu'elle ne sente plus que du feu dans sa gorge et que son estomac ne menace de tout renvoyer aussitôt.
"C'est naturellement devenu romantique. Et j'emploie romantique dans la mesure où on est devenus intimes, mais ça n'avait rien d'une histoire d'amour. Parce que j'avais beau tout essayé, il était toujours amoureux de Cirilla. Il le sera probablement toujours. L'amour de sa vie." Le ton est plus qu'ironique alors qu'elle prend de nouvelles gorgées avant de mettre la bouteille entre les mains de Beckett, une grimace de dégoût sur le visage. Elle attend que la sensation désagréable laissée par la gnôle s'estompe avant de reprendre. "C'était bien le temps que ça a duré. On a eu de beaux moments quand même... Maintenant j'ai l'impression d'avoir perdu mon temps."
Et le silence à nouveau. Brisé par Malini qui commence à rire doucement. "Cette merde est vraiment en train de me toucher. J'ai chaud déjà." Elle s'évente de la main. "Bon, j'espère que t'as une histoire à me raconter aussi sinon je vais me lancer dans un long récit de non sens dicté par la gnôle et crois-moi, t'as pas envie d'écouter ça. Et ça, ça c'est la raison pour laquelle je bois jamais parce qu'après je déblatère jusqu'à épuisement..."   
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Lun 10 Juil - 13:52

Beckett & Malini
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L’air songeur de Malini en imaginant la petite maison plantée sur une côte le rassurait, comme si enfin il avait cette confirmation qu’il n’était pas fou de vouloir quelque chose d’aussi insensé et irréalisable que quatre murs près des étendues marines. Rien de plus simple aujourd’hui pourtant, ils n’auraient eu qu’à défoncer une porte pour que la maison soient à eux, mais d’y survivre dans un endroit inconnu et hostile était utopiste, comme si la perspective d’une vie meilleure que ça était impensable dans le coin. Pourtant Malini acceptait l’idée, semblait presque se languir de sa proposition, et si Beckett aurait bu un peu plus à cet instant là, il aurait été assez fou pour lui prendre la main et s’enfuir avec elle jusqu’à ce foutu océan, incapable de se rendre compte que ce n’était pas ce que son esprit torturé à trop tourner en rond pour trouver une solution voulait vraiment. Il ne trouvait que des pansements à se coller sur la peau quand il avait besoin de fil pour recoudre son âme et l’empêcher de se déchirer pour de bon. Son nom ne s’échappa à aucun moment de la conversation, ni de la gorge de Beckett, ni de celle de Malini, pourtant le spectre d’Elanor était aussi présent que celui de Caden, comme si le rider était aussi peu prévisible pour que ses seuls tourments n’avaient pas besoin d’être nommés pour être connus. Pourtant, Malini n’avait pas tort, sans doute se souvenait-elle des après midis où Beckett avait consolé la gamine de la méchanceté des riders, savait-elle que la nuit quand blondie venait se blottir dans ses bras c’était de lui dont elle prenait soin, c’était du baume sur son âme à lui montrer que la sécurité du ranch avait été la bonne décision à prendre, malgré tout ? Non, ça, elle ne pouvait pas le savoir, puisque lui-même en était aveugle, s’il l’avait su, il aurait suivi la petite princesse sans ciller, il n’aurait pas tenu aussi longtemps dans ce ranch sans commencer à se retourner vers l’alcool et les visites impromptues à Olympia. Il en avait mis du temps à ouvrir les yeux, mais maintenant qu’il pouvait voir le soleil était trop lumineux pour lui, jusqu’à lui en brûler la rétine d’une vérité trop dur à accepter. Tout ça pour ça. Ça le rendait malade, parce que lui n’avait plus l’impression d’avoir assez temps pour attendre qu’elle se décide. Il n’y a que la douce histoire de Malini pour l’empêcher de se perdre trop longtemps dans les méandres noires de ses pensées, son innocence à se rappeler de son rapprochement avec Caden, le sucre de ses mots sur la bile amer de Beckett, rendue presque supportable pas l’alcool. Il n’avait pas beaucoup bu, mais le mélange explosif de la gnôle mystère et le peu de nourriture qu’il avait dans le ventre était une macédoine suffisante pour commencer à attaquer sa chaleur temporelle, sans compter du manque de sommeil qui rendait son corps bien faible à ce genre de choses. Le récit de Malini avait quelque chose d’avant, une simplicité et des préoccupations qu’il ne lui semblait plus capable d’avoir aujourd’hui. Il en aimait une autre, ah, le salaud, il y en avait toujours une autre pour rendre fade toutes celles d’après, il en avait bien eu quelques unes, Beckett, mais n’avait jamais trouvé le temps de trouver celle-là. Et Malini, est-ce qu’elle en avait un, un grand amour, ou est-ce qu’elle avait toujours été comme lui, malchanceuse, au point d’abandonner, au point de se contenter d’un vétérinaire encore amoureux de l’ancienne conquête ? C’était la première fois qu’il se posait autant de questions sur la recruteuse, qu’il arrivait à comprendre pourquoi il l’appréciait autant, pourquoi il commençait à l’apprécier plus maintenant qu’il voyait qu’elle avait encore un peu d’humanité en elle. Il attrapa la bouteille sans rechigner, laissant Malini se rattacher à ce qui lui semblait être de la dignité, comme pour chasser ce moment de faiblesse, lui aussi les détestait d’habitude, mais ceux-là avaient quelque chose de tolérable, sans qu’il ne sache vraiment quoi. Leur authenticité, peut-être. « Ouais, moi aussi elle commence à faire effet. » Il accompagna Malini dans son mouvement, preux chevalier, attrapa une feuille qui traînait par là pour lui faire assez de vent pour ne pas qu’elle succombe des bouffées de chaleur alcoolisées. « Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas autant bu... » Sur la route, il fallait rester vigilant et, même ici, dans les baraquements, il préférait rester sur ses gardes que finir saoule comme un cochon, se contentant de quelques gorgées revigorantes plutôt qu’une cuite affaiblissantes. « Mais avant j’étais tout le temps dans les bars jusqu’à la fermeture, j’adorais me battre avec les poivrots du coin. J’avais l’alcool mauvais. » Peut-être qu’il l’avait toujours, après tout, ils étaient sur le point de le découvrir alors qu’il engloutit le dernier quart de la bouteille d’une gorgée, déglutissant bruyamment, regrettant presque d’avoir raclé le fond de la bouteille et des particules maintenant collées à sa gorge qui le gênaient. « Une histoire ? J’ai pas grand-chose à raconter moi, à la limite je me souviens plutôt bien de celle de boucles d’or, avec les ours là. » Il réfléchit quelques instants, mais non, vraiment, il avait eu une vie aussi insipide avant qu’après l’invasion des contaminés. « Je suis personne moi, Malini, juste un gosse des rues qui a pas fait grand-chose de sa vie, qui a pas profité de la fin du monde pour devenir une sorte de seigneur de guerre ou de chef de clan. J’ai juste suivi le vent et je me suis posé là où il m’a porté, c’est tout. » Pas de grandes aventures, pas de souvenirs mémorables, ni de sa vie au cirque, ni même de sa vie amoureuse, pourtant bien réelle, elle avait été tellement plate et insignifiante qu’il n’y trouvait rien à raconter. Juste une fille dans le même cirque que lui et qui, à force de lui faire l’amour, avait fini par ne plus quitter sa caravane, et c’était tout. Juste deux âmes perdues qui s’étaient retrouvées au même endroit et qui n’avait rien trouvé à faire d’autre, qui n’avait pas su comment se quitter et s’était accommodé à l’idée de finir ensemble, supportables l’un à l’autre. « Je voulais marcher sur la lune quand j’étais gosse. J’ai vu ça à la télé, j’avais quoi, quatre, cinq ans ? » Mais Malini était bien trop jeune, sans doute n’avait-elle connu que la télé en couleurs. « J’étais obsédé par ça, je m’enfermais dans ma chambre et je me mettais une boite en carton sur la tête pour me faire un casque, mais j’ai jamais vraiment été à l’école, c’était pas pour moi, alors, quand je suis parti de chez moi, à quatorze ans, je suis allé jusqu’à Washington en stop, j’ai mis des semaines à y aller, et je me suis pointé à l’accueil de la Nasa, et je leur ai dit que je voulais aller sur la lune, que c’était mon rêve, que c’était pas grave si j’étais nul en maths et que je connaissais pas les planètes, j’ai déblatéré pendant au moins dix bonnes minutes, je m’étais pas lavé depuis plusieurs jours, j’avais les cheveux fous, plus longs qu’aujourd’hui, et oh mon dieu j’avais un début de barbe dégueulasse, avec des trous de partout... » Il se caressa le menton, bienheureux que la période de l’adolescence soit loin derrière lui et que la pilosité lui soit arrivée. « J’avais l’air d’un fou sorti de nul part, j’avais pas fini de parler de mon envie de voyager dans l’espace qu’elle avait déjà appelé la police pour qu’ils me foutent dehors. » Il laissa échapper un rire, parce que, jeune et tête brûlée, il avait été vraiment stupide de faire un truc dans le genre, d’y avoir cru, de ne pas s’être donné les moyens de réussir ou plutôt, frileux, de ne pas s’être donné la peine de se rendre compte qu’il ne les avait pas, ces moyens de devenir ce qu’il voulait. « Je crois, vraiment, ça doit être la seule histoire que j’ai à raconter de moi, ma seule tentative d'aventures, après, je me suis résigné. Le reste c’est des petits boulots, des soirées au bar et des filles qui sont jamais resté longtemps. Enfin si, y’en a qui sont restés, mais… C’était pas des Cirilla. C’était pas... » C'était pas. Il se contenta de sortir sa bouteille à lui, pour la tendre à Malini, c’était son tour, à nouveau.
 
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Jeu 20 Juil - 20:01



Troubled on every side
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Les mots s'évanouissent finalement et la recruteuse pose sur son compagnon de fortune des yeux grand ouverts et rendus brillants par l'alcool. Elle n'en est pas au stade où la pièce tourne autour d'elle, mais elle sent déjà les premières sensations qui lui délient la langue plus que de raison. Son esprit vagabonde quand même autour d'elle, observe les objets sous un autre oeil. Le bureau de Caden est intact, rempli de matériel de son quotidien de vétérinaire, autant de souvenirs qu'elle aimerait jeter dans un grand feu de joie, comme dans les clichés de rupture.
Pour éloigner ces pensées sombres, incompatibles avec l'alcool, elle place beaucoup d'espoir en Beckett et à l'histoire qu'il allait lui raconter. Elle ramène ses jambes sous elle, profite avec délice de l'air qu'il envoie du bout d'une feuille de papier. Elle est prête pour son récit. Mais il se fait désirer, se défile et Malini a la bouche qui s'arrondit de déception. Les sourcils froncés, elle s'apprête à le sermonner, à lui dire qu'il a sûrement une vie plus intéressante que tous les autres pochetrons colériques du campement. Et après tout, il avait survécu. C'était toujours quelque chose à raconter.

Et finalement, il laisse tomber les barrières. L'alcool a sûrement raison de lui également, le pousse à parler de son aventure adolescente. Elle en rit à gorge déployée, un véritable fou rire. Il n'y a rien de moqueur, pas de mauvaise intention, il y a juste l'émerveillement devant une histoire, une belle histoire. Juste le plaisir d'entendre un récit d'insouciance, quelque chose de trop rare dans leur nouveau monde.
Puis il y a un sourire sincère qui traîne sur les lèvres de la recruteuse, un sourire de gratitude. Elle a envie de le remercier pour ces quelques mots d'une autre vie, pour cette histoire si authentique qui lui rappelle qu'à une époque, les gens avaient des rêves. Maintenant, c'est à peine si on s'imaginait le lendemain. Ce n'était plus un temps pour envisager l'avenir, ce n'était plus un temps pour se laisser bercer d'illusions d'enfant... Même les plus jeunes arborent des mines d'adultes, à l'image de Silas qui a de moins en moins de candeur dans le regard.

"C'est adorable." Elle ponctue sa remarque d'un soupir nostalgique, laisse la nouvelle bouteille atterrir entre ses mains et elle l'observe. Le brevage de vérité. "J'ai jamais vraiment beaucoup bu. J'ai eu quelques cuites adolescentes, mais après... rien. Jamais de grosse soirée, jamais de grosse beuverie étudiante qui se solde d'une gueule de bois et de regrets. Je suppose que j'ai été obligée de grandir trop vite." D'enfant modèle à teen mom, Malini avait eu à peine quelques mois pour s'adonner aux bêtises d'adolescentes. Une transition très rapide vers l'âge adulte lui a finalement remis des responsabilités en tête. "J'ai jamais rien fait de dingue." Et elle le dit avec une pointe d'amertume. Non, traverser des marées de rôdeurs ne rentre pas dans ce qu'elle considère "quelque chose de dingue." C'est de la nécessité.
La nouvelle bouteille lui apparaît sous le nez, la promesse de plus d'ivresse à venir. Elle goûte une première gorgée et se sent obliger de lui donner raison. Ça a bien meilleur goût. Ou alors, elle ne sent définitivement rien. "Mais toi si." Elle soupire, tente de repenser à la dernière fois où elle s'est laissé aller et échoue à s'en rappeler. Depuis que Nisha est partie, sa vie ressemble à un trou noir. Tout ce qu'elle fait, ce qu'elle dit et ce à quoi elle pense se retrouve aspiré par son propre vide intérieure, la laissant parfois dans des états proches de la catatonie. Ce soir, elle veut s'éloigner le plus possible du trou noir et laisser exploser de purs shots d'émotion.

"Arrêtons de parler de nos déceptions. Viens, quitte à se saouler la gueule, autant le faire dehors. Et comme ça on observera la lune et tu m'en parleras." Son ton est sans appel et elle n'attend pas qu'il puisse réagir pour se lever, en bondissant presque hors du lit. Son visage exprime sa détermination et elle s'étire brièvement avant d'observer la pièce autour d'elle. "J'ai envie de faire un truc dingue. Viens, on monte sur le toit." Elle entame un pas plus ou moins assuré, puis un autre, vérifie ses appuis avant de reprendre. "Si on reste ici, on finira par parler d'eux encore et encore et j'en ai déjà assez. On mérite une soirée sans se morfondre, une soirée sans qu'ils nous fassent culpabiliser. Et demain on pourra recommencer à s'apitoyer." Malini tend la main, attrape le bras de Beckett pour le tirer vers elle, pleine d'assurance alcoolisée dans ses forces. [/color]"   
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Jeu 14 Sep - 3:16

Beckett & Malini
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Elle mangeait ses mots, un par un par, finissant par les gober à gorge déployée au fil du récit, mais ça ne l’arrêtait pas, ça lui donnait envie d’en inventer d’autres, des histoires, bien plus rocambolesques, folles et inimaginables. Il ne l’aurait jamais pensé capable de rire, avec ses quelques éclats d’âmes manquant au fond des pupilles, il pensait que ce n’était plus possible pour elle, encore moins dans le manoir maudit des Rhodes entouré de rôdeurs. Ça venait d’une autre vie, tout ça, sans doute pour ça que c’était aussi drôle, comme quand lui, enfant, se moquait des vieux qui pestiféraient contre les hippies et leurs mauvaises manières. Les enfants ne rêvaient plus d’aller sur la lune, maintenant, ils ne savaient plus que c’était possible, qu’on y avait posé un petit drapeau qui les attendrait encore longtemps, en vain. « C’était surtout stupide. J’avais pas grande chose dans la tête à l’époque. » L’âge ne lui avait pas fait gagner en matière grise, mais il avait appris à reconnaître sa place, comme un chien dressé à coup de bâton jusqu’à en fendre la peau, trop usé pour encore chercher à se défendre. « C’était pas forcément des trucs de dingue, j’étais juste un vagabond. » A marcher sur les routes, le pouce en l’air dans l’espoir qu’on le dépose un peu plus loin pour recommencer toujours les mêmes échecs, ça avait été ça, pour lui, la vie de liberté, ça avait été l’occasion de continuer à creuser un peu plus sa tombe dans l’anonymat et la médiocrité, le droit de vivre ce petit rêve américain de pouvoir vivre seul sans jamais gagner assez pour manger à sa faim, de penser qu’encore quelque part il y avait de l’or autre part que dans les blondes qu’il pouvait descendre le soir. « C’était comme si j’avais vécu mille fois la même vie, je la recommençai à chaque fois et je perdais à chaque fois, incapable d’en sortir, comme dans un cauchemar. Les problèmes d’argents, les problèmes d’alcools, les gars qui commencent à te chercher. Puis après je me suis posé, et puis ça a été la même journée, encore et encore, jusqu’à ce que ça m’euthanasie. » Il était devenue comme les bêtes trop vieilles qu’on endormait et qui gardaient les yeux ouverts pendant des heures jusqu’à ce que l’équarrisseur ne les emmènent par delà la ville, sauf qu’on avait oublié de le prendre, il était devenu comme un robot. C’était la première qu’il en parlait, qu’il s’en rendait compte, encore quelques instants et il finirait par se rendre compte que c’était cette même mécanique qui le submergeait au ranch, qu’entre des chairs en lambeaux échappées des tombes et les villes mises à feu, rien n’avait changé. « C’était pas des trucs de dingue. » Mais Malini ne le laissa pas s’attarder sur son sort, Malini ne voulait plus entendre les mauvaises pensées, la pauvre qui sûrement s’attendait à trouver derrière le mur de silence une force immuable et généreuse en conseils bien-pensés, était-elle déçue de ce Beckett incapable, sans surprise ? Arrêtons alors il s’arrête, sur le champ, toujours prompt à obéir aux ordres sans jamais assez les remettre en question, il finit par se lever lui aussi, un peu moins assuré que sa comparse pour la nuit, il la regarde s’étirer comme si la gnôle n’avait eu aucun effet sur elle alors qu’il n’en menait pas large, déjà, plus habitué à en boire autant, aussi fort. Il avait sous-estimé le mélange qu’avait déniché la rideuse, c’était sûr, il avait baissé sa garde la mauvaise nuit, pourtant il savait bien que Malini n’était pas du genre à faire les choses à moitié. « Allez, mission le toit, décollage de la fusée dans cinq minutes. » Il prit le soin de respirer, à se sentir un peu vieillard à être affaibli par l’alcool alors que Malini elle semblait prête à s’envoler vers le toit, dont il n’était même pas sûr que l’échelle qui y menait soit encore en assez bon état pour soutenir leurs poids sans se casser. Néanmoins il se laissait guider par la crinière brune, passant les box où les chevaux ne firent pas grand cas de leur présence insignifiante, comme s’ils n’étaient pas vraiment là, à peine quelques copeaux de paille et de foin pour se joindre à la poussière qui voletait dans l’air, leurs courbes paresseuses dérangées par l’air qu’ils remuaient, puis, après une montée un peu laborieuse jusqu’à l’atmosphère et son noir d’encre parsemé de lait. Beckett s’assit sans se retenir, presque sans y penser, on dirait à bout de souffle, plus habitué des aventures, d’avantage éreintantes que les missions suicides accompagnées de zombies, entraînant Malini dans sa chute. « On a l’impression de voir toutes les étoiles d’ici. C’était comme ça quand j’étais gosse. J’habitais dans le trou du cul du monde. » Des canevas cousus de laine noir où à chaque extrémité de points on pouvait admirer la nudité immaculée de la toile, des toutes petites à l’autre bout de l’univers et des très grosses, toujours trop loin et toutes proches à la fois, toutes ensembles à ne pas les regarder alors qu’à deux ils étaient en pâmoison devant leurs éclats à des années lumières de là. Elles en venaient jusqu’à se refléter avec les rayons de lune sur la peau un peu hâlé de Malini, à lui sculpter un visage de la nuit qu’il ne connaissait pas. « J’ai trop bu. » laissa-t-il échapper, parce qu’il le savait, il sentait déjà qu’après les quelques minutes de répit laissées à sa gorge c’était quelque part les organes à l’intérieur de son corps qui prenaient le relais, que c’était la toxine qui pénétrait dans son sang et qu’il avait l’impression de pouvoir tomber du toit à tout moment si on le remettait sur ses jambes. L’absence des bruits du ranch venaient à lui en faire oublier où il était, pourquoi ils étaient là, tous les deux. Il fallait arrêter de  se plaindre, est-ce qu’il devait encore lui parler de la lune ou s’en fichait-elle maintenant qu’elle pouvait la voir d’elle même ? Il n’avait jamais été doué avec les mots, de toute façon, ces machins là qu’il n’avait jamais su dompter, comme si on ne lui avait jamais appris ceux qui lui permettraient de s’excuser sans mentir, sans faire de compromis. Beckett il ne savait que faire des bêtises, c’était peut-être pour ça qu’il approcha sa bouche de celle de Malini jusqu’à la toucher, en garder le contact quelques secondes qui semblaient une éternité, à finir de s’enivrer grâce à son souffle chaud qui venait caresser son philtrum, avant de s’en détacher, un peu perdu, un peu maladroit. « Pardon, j’ai plus vraiment l’habitude. » de l’alcool, du toucher, de l’autre. Il ne savait même pas si Malini en voulait, de ce baiser, ou si elle allait le pousser du haut du leur perchoir en lui criant qu’elle n’avait pas besoin d’un autre Caden pour jouer avec elle mais d’un ami avec une épaule solide pour récupérer ses larmes, mais il n'était ni l'un, ni l'autre, il n'était que Beckett, et c'était tout ce qu'elle avait ce soir.
 


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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Mer 20 Sep - 11:53



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Ce soir est une autre vie. Plusieurs pensées lui traversent l'esprit. Elle devrait boire plus souvent, ça lui allège l'humeur. Mais ça ne lui allégerait pas l'estomac le lendemain matin, ni toute la journée qu'elle passerait, malade. Mais maintenant ça allait, et maintenant qu'elle était allégée, elle ne tolérait plus la tristesse. Fait rare. Elle ne tolérait plus non plus qu'on remette ses paroles en question. Elle avait décidé que l'histoire de Beckett était une aventure, ça allait en rester une dans sa tête, peu importe les efforts du maréchal ferrant pour la contredire.
L'heure de l'apitoiement était passée, devait rester dans la vie de tous les jours qu'elle laissait derrière elle pour cette nuit. Ce soir était une nuit de décisions irrationnelles menées par l'alcool et d'oubli. Oublier la note triste que prenait le récit de Beckett, oublier l'ancien monde et son lot d'errance et de routine. Plus tard, elle repenserait à ce qu'il avait dit et elle essaierait de réfléchir à sa propre vie. Elle n'avait pas vécu assez longtemps pour comprendre, son existence était une suite de transitions radicales, d'abandons et de nouveaux projets. Avant de connaître le succès, elle n'avait jamais tenu le même boulot plus de six mois, incapable de se contenter du quotidien. Mais ce dont il parlait ne lui était pas totalement inconnu pour autant. Après l'épidémie, après la mort de sa fille, elle avait pris la route, elle aussi vagabonde, elle aussi spectatrice de sa propre vie, jusqu'à être inconsciente de ses décisions, comme si elles étaient prises à son insu. Ainsi, elle avait croisé la route de plusieurs groupes, de plusieurs hommes, des visages complètement oubliés, fondus en un seul, enterrés sous le sentiment pesant de l'errance.
Mais cette vie n'est plus pour ce soir.

Ce soir ils décollent. Ils déambulent dans le silence de l'écurie et rencontrent la nuit, l'air frais qui frappe et rebooste, qui redonne assez de peps pour attraper une à une les barres de l'échelle. À chaque pas qui fait craquer le bois, son sourire s'élargit. Elle pense à Wyatt et à la crise qu'il ferait s'il apprenait qu'elle dérangeait encore l'ordre si cher à son coeur. Mais il était trop occupé à se remettre de la grippe pour aller observer les toits. Et sans lui pour faire tourner la machine, les gardes étaient un peu perdus et Malini, elle aimait bien trop foncer dans les failles du système. Marche par marche.
Quand elle arrive tout en haut, elle tend naïvement une main vers le ciel, comme si du bout du doigt elle pouvait vraiment atteindre les étoiles. Quand elle se retourne, c'est pour se laisser entraîner par le cavalier et elle s'assoit, bien droite, un sourire perdu au coin des lèvres, fière de sa bêtise. Le myocarde s'affole et s'apaise alors qu'elle observe le ciel voûté au-dessus de leur tête. Elle ne croit pas se rappeler du ciel d'Alabama, mais elle se souvient bien de son petit bled qu'elle aussi avait l'habitude d'appeler "le trou du cul du monde." Ils n'étaient pas si loin que ça de la capitale d'État, mais sa petite bourgade avait du mal à dépasser les mille habitants. Il lui semble découvrir le ciel à chaque fois. Oublier qu'il est beau, replonger le nez au sol, agrippé dans le quotidien imbuvable jusqu'à ce sentir suffisamment libre ou audacieux à nouveau pour lever la tête. Et retenir son souffle une poignée de secondes. Ils sont libres et audacieux. Et ils ont beaucoup trop bu. "Moi aussi."

Ses yeux brillent quand elle se tourne vers lui. Elle a très chaud et le vent qui souffle doucement sur sa peau ne suffit pas. Elle pense à un bain de minuit dans la rivière, elle pense à une pluie soudaine qui la rafraîchirait, elle pense à de la glace et tente de se souvenir du goût et... Et elle pense aux lèvres de Beckett qui se pressent doucement contre les siennes et y laissent leur empreinte.
Il l'abandonne avec un sourire, surprise – mais agréablement – de la tournure des choses. Malini, elle reprend conscience de son corps et de celui du maréchal ferrant, sa peau combat la chaleur à coup de frissons et elle sent qu'elle tangue un peu vers lui. "T'excuse pas. C'était plutôt pas mal." Et elle tangue encore jusqu'à l'embrasser à son tour. Joueuse, elle mordille les lèvres, effleure la peau du bout des doigts. Libre et audacieuse, elle ignore volontairement le lendemain et les jours d’après, les problèmes qui vont forcément surgir. Il y a toujours des problèmes. A chaque histoire qui se crée, il y en a une autre qui s’achève.
Elle n’est pas dupe, la recruteuse. Elle sait d’avance ce que ça veut dire : rien du tout. Il en aime une autre et elle… Elle ne sait pas trop mais elle se sait pas entièrement disponible. Si elle a le cœur au bord des lèvres, ce n’est pas pour le donner à Beckett. Mais ils peuvent s’offrir la chaleur de quelqu’un d’autre, le réconfort d’un geste tendre. Alors Malini, elle enfouit sa tête dans le cou du cavalier et souffle doucement. "Tu sais que tu risques de le regretter ?" Parce que si ça s’apprend, ça prendra forcément des proportions énormes et aussi, parce qu’elle est intense, la recruteuse. A gérer, à vivre, à plein d’autres choses. Et même si ça s’arrête là, même si c’est juste un baiser, le mal est fait. Ils se sont regardés, ils se sont plu. Et il y aurait d’autres moments à se demander ce que ça aurait été s’ils avaient cédé.  "Je peux pas effacer tous tes problèmes en une nuit, je peux pas éloigner la mélancolie, mais je peux t’occuper l’esprit pour un moment au moins." Et c’est une invitation, une invitation à lentement défaire son chemisier, à goûter sa peau, à céder au plaisir, même le plus éphémère.
  
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Jeu 28 Sep - 20:03

Beckett & Malini
« Troubled on every side

Les yeux de Malini ne débordaient pas d’éclairs prêt à le tuer, son visage au contraire pétillait d’un sourire qu’il ne lui avait jamais vu avant – oh il ne se trompait pas à penser que Malini rêvait qu’il l’embrasse sous le ciel étoilé du printemps, mais à travers le ranch et les responsabilités qui semblaient parfois lui faire fléchir les épaules, il ne l’avait jamais vraiment vu comme ça. Avec l’envie de rire, l’air de ne se soucier de rien. Elle était toujours à repousser tout le monde, Malini, quand lui était à les fuir, à s’isoler, ne prenait pas la peine de rester à la vue de tous pour les laisser s’approcher, mais tout les deux cherchaient la même chose, au fond, et s’étaient retrouvés dans le même endroit de leur vie en même temps, comme si quelqu’un là haut poussait les pions pour encourager les bêtises de Beckett. Caden était parti, Elanor ne l’avait pas retenu, et lui un peu éméché l’avait embrassé dans le secret de la nuit. Et elle n’avait pas dit non. Son compliment en était même à faire rougir un peu Beckett, le faire rire à le gêner parce que ça faisait bien longtemps qu’on lui avait dit qu’il embrassait plutôt bien, c’était une autre pierre posée sur le mur des irréalités que l’alcool était en train de construire dans son esprit, comme si tout ça ne se passait pas, ou, plutôt, que rien d’autre n’avait lieu autour d’eux. La vie se finissait à l’extrémité du toit, elle tombait sur le sol, inerte, le cou brisé par la chute peu impressionnante, et Malini fini de l’entraîner, peut-être sans le savoir, quand elle ne lui laissa pas le temps de respirer avant de venir l’embrasser elle aussi, plus taquine, moins maladroite. L’empreinte de ses dents sur ses lèvres étaient comme de vieilles sensations qu’il avait oublié, qu’il ne pensait pas ressentir à nouveau un jour, un peu douloureux au premier abord, comme des muscles que l’on sollicitait après des mois d’inactivités, avant qu’il n’en retrouve les mécaniques, que les picotements rendus flous par l’alcool ne commencent à envoyer des signaux à son cerveau, que la machine laissé à l’abandon n’essaye de démarrer malgré l’usure de l’oubli. Quand elle se décrocha de lui, ce fut la morsure de la nuit et de ses températures si froides contre la peau brûlante de Malini qui s’attaquèrent à son visage, la sensation de la solitude de lui revenir en plein visage alors qu’elle venait se perdre dans son cou pour tenter de le raisonner, de se raisonner elle-même un peu, qui sait, mais Beckett avait arrêté de penser droit depuis plusieurs gorgées, et sans doute les avaient déjà condamné au venin de la rumeur dès qu’il l’avait embrassé – tout se savait ici, d’une façon ou d’une autre. « On verra demain pour les regrets. » Il ne pouvait déjà plus retenir de l’embrasser, déposer un chemin de baiser sur ses joues, son menton, sa bouche. Sans doute l’alcool montait trop vite pour qu’il ne se rende compte que c’était du contact de l’autre qu’il s’enivrait maintenant, comme une poudre blanche en spirale infernale dans ses narines jusqu’à déconnecter un à un les synapses de son cerveau, ne lui laisser que les sensations pâteuses d’un corps empoisonné à la liqueur. Les mots de Malini se perdaient à ses oreilles, incapable d’y mettre un sens, il se contenta d’embrasser à nouveau ses lèvres pour la faire taire, pour l’empêcher de réfléchir à voix haute et peut-être, qu’elle finisse par s’en aller. Il en avait marre d’être seul, de n’avoir plus personne au creux des bras pour passer les nuits. Cette peur d’être abandonné qui le suivait depuis bien avant que tout ne s’effondre, qui déjà dans ses vagabondages le poussait dans les bras de n’importe qui, qui l’avait jeté dans une vie sans goût au cirque, qui l’avait obligé de prendre soin d’Elanor au fil des routes, qui, ce soir même, l’avait poussé à trop boire de peur de voir Malini partir. Trop maladroit, c’était la seule façon qu’il pensait connaître pour être assez proche d’une autre, que de laisser ses mains venir accrocher le tissu de son chemisier, de s’aventurer jusqu’à la peau de son ventre, de ses côtes avant de balancer le tissu par dessus sa tête. La nuit était encore assez claire pour que les détails du corps de Malini lui apparaisse sans secret, que le galbe de sa poitrine finisse de faire bouillir le sang qui s’impatientait dans ses veines, sa vue brouillée par l’impatience, ses mains maladroite à cause de l’habitude des gestes perdus. Il ne se souvenait plus vraiment combien de temps cela faisait qu’il n’avait pas vu la poitrine d’une femme dans le cadre de l’intimité, encore moins de la toucher. Ça remontait à tellement longtemps qu’il avait sans doute l’impression de ne l’avoir jamais vécu auparavant, d’avoir été victime des démons de son imagination, pourtant ses mains n’attendirent pas pour continuer à caresser le corps de Malini, se diriger vers ses hanches et essayer de se battre avec le bouton de son pantalon pour réussir à l’ouvrir, à s’immiscer un peu plus vers l’intimité de la recruteuse. Ça n’avait pas de sens, tout ça, dans les connexions nerveuses de Beckett, c’était une tambouille de sensations qui empêchait les mots de se former entre ses lobes temporales, l’alcool qui explosait dans ses vaisseaux sanguins finissait de l’abrutir, il n’y avait plus de ranch, plus d’Olympia où Elanor tenait la main de Bass, même plus d’ancienne vie et de culpabilité à se dire qu’il allait rentrer trop tard dans sa caravane et provoquer une scène, encore. Il était suspendu dans l’instant, accroché aux lèvres de Malini la maîtresse du temps qui l’avait propulsé quelque part qui n’existait pas, où la jalousie n’avait plus d’emprise sur lui pour le faire agir. Il était avec quelqu’un, quelqu’un qui voulait de lui, ne le repoussait pas, c’était la seule chose qui pouvait toucher sa peau et parler à son cœur, l’unique réalité dans laquelle il pensait vivre à ce moment précis.
 
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MessageSujet: Re: Troubled on every side   Mar 3 Oct - 23:53



Troubled on every side
Smoke and sunset, off Mulholland he was talking, I was wondering 'bout : You and that girl, she your girlfriend? Face from heaven, bet the world she don't know. Pretty girls don't know the things that I know. Walk my way, I'll share the things that you want

Les doigts se posent un à un sur la peau, réveillent une colonie de frissons qui s’ordonne le long de sa colonne vertébrale à découvert, vulnérable à la brise nocturne. Mais elle n’a pas froid, parce qu’il y a le feu de l’alcool et celui de la passion qui se fond dans son bas-ventre et réchauffe comme un grand brasier. Le cavalier a d’abord des gestes hésitants, peut-être à cause de l’alcool, peut-être à cause du manque d’habitude, puis tout se précise. Il explore autant de parcelles de sa peau qu’il peut alors que leurs lèvres s’épousent et se cherchent avec insistance, avec envie et peut-être aussi un peu par désespoir. Désespoir pour lui, parce qu’il a besoin de surmonter le rejet, de s’en débarrasser et de le remplacer par un sentiment plus positif d’acceptation. Désespoir pour elle, parce que le vide créé par l’abandon lui troue l’estomac et elle a besoin de le remplir.
Elle aussi a des mains curieuses, qui ont besoin de s’imprégner de sensations, qui découvrent par le toucher. Elle laisse ce moment s’imprimer sur son corps, l’empressement, l’amertume de l’alcool dans leur souffle, la sensation du pantalon qui glisse contre sa peau pour la laisser presque nue entre les bras de Beckett… Si l’alcool brouillera peut-être plus tard l’exactitude de certains gestes, elle se conforte dans l’idée qu’elle retrouvera avec délice certaines sensations grâce à la mémoire des sens. Malini, elle est tactile quand il le faut. Ses doigts veulent tout savoir de l’histoire du maréchal ferrant, découvrir les cicatrices, les traces du temps, la beauté des traits. Elle adore souvent autant qu’elle aime être adorée.  Elle rend les baisers et les caresses au centuple.

Quand son dos rencontre le toit, elle prend le temps d'observer son visage qui se découpe du ciel tâché d'étoiles. Une vision irréaliste qui lui arrache un large un sourire alors qu'elle le déleste aussi de son tee-shirt pour pouvoir poursuivre son exploration sur son torse, dans son dos, partout où elle peut l'atteindre. Son poids sur elle, la force de son désir, tout est un délicieux rappel qu'elle n'est pas seule, qu'elle n'est pas une laissée pour compte que personne ne veut.
La nuit se referme sur eux, témoin silencieux de leur dérapage. Au diable les regrets ! C'est tellement mieux de se sentir entier, comblé. Est-ce que Beckett trouve ce qu'il est venu chercher entre les reins de la recruteuse ? Cette question serait pour plus tard. Pour l'instant, ils dansent sous la voie lactée, ils explorent, ils voyagent, ils partagent, ils disparaissent l'un dans l'autre, l'une contre l'autre, chacun consumés par le feu, le rouge ardent. Le toit est le théâtre insolite d'une pièce au genre encore inconnu mais aux conséquences très certainement tragiques.

Mais même les feux les plus fort finissent par s'éteindre, quand leurs deux corps épuisés et groggy se séparent finalement pour se reposer sous la lumière lunaire. Il y a un moment de flottement, à contempler le ciel complice, satisfaite, à dessiner des arabesques du bout des doigts sur le torse de son amant, à s'extasier du vide dans son esprit, à son incapacité à se concentrer sur des sujets plus sérieux. Les paroles de Sexual healing traînent dans un coin de sa tête et elle se rappelle, amusée, que c'est sûrement à cause de cette chanson qu'elle est tombée enceinte, quinze ans plus tôt.
Et quand elle estime que la magie du moment commence à se dissiper, quand le frisson de la nuit printanière devient trop insistant, elle murmure, presque à son oreille. "Je crois qu'il est temps de redescendre. Il y a toujours le lit en bas si t'es comme moi et que tu n'as pas envie de dormir seul." Elle fait référence au lit de camp de Caden, tout juste assez grand pour qu'elle n'ait pas d'autre choix que de rester collé à lui.
  
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